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Test Battlefield V : l’alléchante bataille

Notre avis
8 / 10
Jeux-Video

Par killy le

Un retour aux sources, c’est le sous-titre qu’aurait pu arborer ce Battlefield V ancré dans la Seconde Guerre Mondiale. Après le conflit moderne de BF 4 et la plongée dans une Grande Guerre sous stéroïdes pour Battlefield One, la licence d’Electronic Arts marche sur des terres connues, dans la lignée de la vénérable version 1942. 16 ans plus tard, si les camps n’ont pas changé, le poids du contenu rivalise avec celui d’un bon vieux Panzer III.

Battlefield V a des choses à dire. Dès son ouverture, sous la forme d’un prologue qui enchaîne les séquences de bravoure afin de donner l’ampleur humaine d’une guerre mondialisée, le FPS de Dice questionne. La bravoure, le sacrifice, l’humanité qui éclot dans le conflit… tout un ensemble de thématiques qui ne sont pas là pour habiller de la tuerie multi en 32 vs 32, mais bien l’important pan scénarisé. Attention toutefois, cette importance se traduit dans les efforts de narration effectués et non dans le nombre de missions du mode solo.

Pour le moment réparties sur 3 chapitres avec une quatrième prévue pour le 6 décembre prochain, ces dernières se déroulent des vallées glacées de la Norvège aux collines rocailleuses de l’Afrique du Nord. Chacune d’entre elles met en avant un personnage en particulier, figure phare d’une des facettes de la guerre. Sans regorger d’idées novatrices, ces différentes histoires se déroulent sur plusieurs mouvements, alternant des phases variées – infiltration, défense de zone, siège – dans un souci cinématographique évident.

Le moindre moment épique semble chercher de la main un mémo où serait griffonné le storyboard des films de guerres spectaculaires de ces dernières années. Des instants efficaces, épaulés par un moteur Frostbite toujours impeccable et un travail ciselé niveau sound-design, notamment sur les cris et l’impact des balles, opéra cacophonique autant que macabre.

Sans aller chercher très loin dans la réflexion sur la guerre, Battlefield V essaye tout de même de donner une voix à ces soldats, tente de sensibiliser une boucherie en dévoilant les impératifs personnels, moraux, qui se planquaient derrière les millions de morts anonymisés. En choisissant qui plus est des terrains d’opérations rarement utilisés, le jeu assoit cette vision autre d’un conflit déjà bien connu. Sans grand talent, mais avec une envie de bien faire louable. Une porte d’entrée plutôt classieuse, ouverte vers le cœur de la proposition initiale, le multi.

Le dessous des cartes

Sur le papier, le jeu de Dice paraît bien timide avec ses 8 cartes et ses 6 modes de jeu, mais c’est donner bien trop d’importance aux chiffres. Oui, les zones disponibles sont peu nombreuses, mais l’intérêt est ici davantage dans leur conception que dans leur variété. La majorité des maps présentes bénéficient d‘un level-design travaillé où se tisse au fur et à mesure un fil rouge clair : le fait de favoriser les prises de position.

Quasiment chacune comporte un endroit où les combats vont se cristalliser à un moment donné et nécessiter une fine observation pour en déloger les ennemis. Ces cartes regorgent de passages dérobés, de dénivelés propices aux contournements, offrant même parfois un sursaut de verticalité ; modification bienvenue d’un champ de bataille souvent bien trop axé sur une progression horizontale.

Mis à part la map Aérodrome assez banale, des zones comme Rotterdam ou Torsion d’Acier favorisent des approches diverses tout au long d’une partie, deux expériences de jeu qui n’ont d’ailleurs rien à voir en terme d’ambiance et de sensations. C’est la force de la sélection de Battlefield V, préférer multiplier les façons de fonctionner dans une même grande map que multiplier les petites cartes sans personnalité.

Bien évidemment, tout dépend du mode de jeu choisi au préalable. Le match à mort en équipe, sauvage, est soluble partout sans grandes modifications, tandis que le classique Conquête (capture de zones) aura lui un sacré panache dans les montagnes de Fjell 652, favorisant le passage par des cols qu’il est aisé de défendre. Le petit plus qui temporise l’ensemble est la présence d’une compétence de construction d’obstacle, outil idéal pour fortifier les accès à un drapeau ou ralentir l’avancée de l’ennemi. Facile à utiliser, ce principe va dans le sens d’un rythme de jeu plutôt lent, où les parties se gagnent les dents serrées, grâce à des morceaux de bravoure mais surtout à une intelligence dans la compréhension de son escouade.

Bond of Brothers

Dans des modes comme Percée à forte teneur stratégique, ou lors de la guerre d’épuisement de Lignes de Front, l’interdépendance des classes est fondamentale. Cette approche intéressante de la notion d’équipe diffuse un sentiment de cohésion assez unique dans le genre, rehaussée par des modifications de gameplay qui prennent alors tout leur sens. Vous allez mourir vite dans Battlefield V, vite et souvent. Comme un petit gamin sadique, Dice a pris plaisir à empêcher la barre de vie de remonter trop vite, avec pour objectif de recourir à une trousse médicale pour se soigner totalement, denrée rare dont il n’est possible de porter qu’un seul exemplaire sur soi, Médecins mis à part.

Les balles aussi sont soumises au rationnement, et il arrive souvent de se retrouver à sec en pleine fusillade. L’accident bête. A cet instant, ce sont les classes de Soutien qui sortent du lot, armoires à munitions sur pattes équipées d’armes sans grande finesse. Un plan se dessine, implacable, il est nécessaire de coopérer. Cette belle mécanique de complémentarité des classes est un moteur d’immersion d’une efficacité redoutable, dans la droite ligne de la thématique centrale du jeu.

Plus que le frag comme religion, Battlefield V place la lecture du terrain et des forces en présence comme divinités d’une cosmogonie guerrière. Après de longues parties à se faire aligner par les gentils campeurs cachés derrière leur fusil à lunette, trouver une synergie efficace à une progression lente mais victorieuse est un réel et rare plaisir. La seule difficulté dans cet organigramme de bataille réside forcément dans la mentalité de vos collègues de massacre. Une troupe mal coordonnée, où la majeure partie des joueurs se prennent pour des réincarnations de Captain America est quasiment condamnée à tous les coups, même avec des membres très doués. Une rigueur agréable, contrepoint total autant que réjouissant à Call of Duty : Black Ops III, qui s’immisce jusque dans la customisation.

Tu confonds la coquetterie et la classe

Dès l’entrée dans son menu de sélection des classes et de leur armement, Battlefield V fait comprendre au joueur que chaque atome de son soldat fétiche peut bénéficier d’une refonte. Il existe donc 4 classes dans le jeu : Assaut, Médecin, Soutien et Éclaireur, sachant que chacune d’entre elles dispose de deux variantes. Par exemple, le rôle Assaut peut se spécialiser dans l’infanterie légère ou dans l’anti-véhicule. Ce choix a une importance dans les attributs dont il dispose, sorte de compétences qui confèrent des avantages précis, comme le fait de ramasser plus de munitions ou d’indiquer directement sur la carte les véhicules attaqués.

Autant dire que cette spécialisation est d’une importance cruciale dans le cadre d’une bonne synergie d’équipe. Ensuite, les armes se mêlent à la fête, équipées elles aussi d’un arbre de compétences conférant des bonus classiques (visée plus rapide, réduction du recul vertical, etc.), mais également de pièces à personnaliser. En grande partie d’ordre cosmétique, ces rajouts s’acquièrent au fur et à mesure de la montée en niveau de l’arme et/ou contre de l’argent gagné dans le jeu.

En gros, tout ce qui a trait à une classe dans le jeu évolue et se customise au fur et à mesure des parties. Se la jouer avec son fusil d’assaut plaqué or pour bien montrer sa maîtrise est donc là aussi un autre moteur d’implication du joueur, d’autant que rien ne fait appel à de l’argent réel. Une excellente chose, argument supplémentaire à l’expansivité souriante dont fait preuve Battlefield V. Le revers de la croix de guerre est que la progression peut se montrer laborieuse, surtout face à des hordes de joueurs accrochées depuis des jours au jeu, spécialistes du tir dans la tête à 800 mètres sous Tramontane.

Un problème qui pourrait être réglé par un matchmaking plus fin, parmi les seuls gros écueils d’une formule qui marche… pour l’instant. Car oui, à l’heure de l’écriture de ces lignes, Battlefield V n’est qu’une partie de ce qu’il sera dans plusieurs mois. Avec un nouvel épisode du solo à venir le 6 décembre donc, l’entraînement le 4 du même mois, les Sentiers de la Guerre le 6 ou encore le mode Battle Royale en mars 2019, entre autres DLC prévus, nul doute que le jeu va évoluer. Le tout est de savoir comment.

Notre avis

Modèle d’une bonne conception de maps multi, Battlefield V arrive cette année avec un objectif, imposer son style. Lent, besogneux, âpre, le jeu semble à tout moment être dans un exercice d’adaptation en game-design de son propos sur la guerre. Avec ses missions scénarisées sans génie mais efficaces, sources d’une envie de proposer une lecture de la Seconde Guerre Mondiale un peu plus originale que d’habitude, le jeu de Dice a choisi de ne pas oublier les joueurs encore intéressés par un mode solo. Pied de nez à la sulfateuse au concurrent d’en face, ces séquences permettent de se familiariser avec le jeu sans perdre des points de QI et sont au final une bonne introduction au gros morceau du multi. Dense, riche et plus complexe qu’il n’y paraît, ce dernier est clairement l’argument principal de Battlefield V. Seul bémol, les parties s’avèrent longues et très disputées, ce qui risque de laisser de côté les joueurs occasionnels qui n’ont pas forcément envie de se faire humilier 8 heures pour progresser. A noter également qu’en l’état, Battlefield V ne possède pas encore une bonne partie de son contenu.

8 / 10
Les plus
Les moins
  • Visuellement impeccable
  • Énorme travail de sound-design
  • Le feeling des armes
  • La synergie des classes
  • Le rythme des parties
  • La victoire qui doit se grignoter mètre par mètre
  • Le solo correct
  • Une bande-son subtile
  • Une spécialisation qui offre beaucoup de possibilités
  • Des maps au level-design réussi
  • La customisation cosmétique pas très inspirée
  • Certaines parties qui tirent parfois vraiment trop en longueur
  • Déjà peuplé de malades de la gâchette partout
  • L’impression d’acheter un jeu qui n’est pas terminé toujours étrange
  • Peu de véhicules différents