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Test de Jurassic World Evolution : un colosse au charme incroyable, mais à l’endurance limitée

Notre avis
8 / 10
Jeux-Video

Par firoste le

C’est un vieux rêve qui se fait enfin réalité : nous voilà aux commandes du plus grand parc à dinosaures de l’Histoire. Le tout chapeauté par Frontier, studio anglais derrière Elite Dangerous et Planet Coaster : voilà qui présageait un classique instantané du genre. Sauf que le jeu sort à une date étrange, en plein E3, moins d’un an après sa première apparition médiatique. Un signe inquiétant sur son état final ?

Quelque part au milieu du Pacifique, une île déserte attend nos premières instructions. Accompagnés par le vrai Jeff Goldblum, qui prête sa voix au jeu en VO, nous voilà à l’œuvre pour poser les premières fondations de notre future entreprise touristique du Jurassique. Il faut néanmoins garder à l’esprit que cette entreprise se fera en plusieurs parcs, à la difficulté croissante, puisque la campagne scénarisée prendra part sur 5 îles différentes, que l’on débloque au fil de notre popularité auprès du public. Chacune de ces îles est aussi le moyen de s’acclimater aux subtilités supplémentaires de gameplay que le jeu réserve sur la durée, pour répondre aux besoins d’un parc toujours plus rentable, mais sujet à toujours plus de dysfonctionnements interne.

Vous avez créé des raptors ? Pas qu’un peu

Tout commence logiquement avec l’attraction principale du parc : nos futurs dinos. Pour pouvoir remplir ses enclos, il faut d’abord envoyer des équipes archéologiques aux quatre coins du monde pour recueillir des fossiles, en extraire la substantifique moelle dans un centre dédié pour constituer un génome ADN viable et, enfin, le faire incuber dans un enclos. Si l’opération réussie (plus on fait de recherche, plus les chances sont de notre côté), elle donnera quelque temps plus tard une magnifique créature prête à s’exposer aux curieux. À partir de là, tout s’enchaîne : il faut construire un environnement stable pour chaque espèce, lui apporter nourriture et breuvage, mais aussi sécuriser le tout pour qu’elle n’aille pas dévorer ou piétiner nos visiteurs. Pour cela, l’arrivée de centres de sécurité permettra de missionner des gardes (en jeep ou en hélicoptère) sur chaque problème d’intendance.

Une fois les premiers clients arrivés, il va falloir les faire raquer en construisant divertissements et commerces, dont les profits vont permettre de relancer de nouvelles expéditions, ou chercher de nouvelles attractions plus rentables. La jeep peut notamment ravitailler les mangeoires, ou encore inoculer des vaccins aux bêtes en cas d’infection ; l’hélico servira quant à lui à les anesthésier, pour les déménager dans un enclos ou encore évacuer les carcasses des dinosaures morts en combat ou de vieillesse. Frontier a d’ailleurs eux l’excellente idée de nous laisser choisir entre déléguer ces tâches, ou les faire nous-mêmes, en vue embarquée à bord du véhicule, ce qui apporte une immersion assez géniale au cœur de la vie du parc et de ses hôtes. Il est d’ailleurs conseillé de se familiariser au plus vite avec leur conduite (très arcade et parfois imprécise) puisque, face aux incessantes avaries qui se déclarent à l’improviste, on n’est jamais mieux servis que par soi-même.

Évidemment, plus l’on progresse à travers les îles du jeu, plus les problèmes se multiplient : des cyclones qui viennent endommager nos bâtiments et nous obligent à enfermer les visiteurs dans un abri (ce qui fait chuter les recettes), des dinosaures qui s’entretuent ou s’amusent à défoncer nos palissades parce qu’ils ne supportent plus la vie en collectivité, des pannes d’électricité causées par des sabotages, des trous béants dans le budget, etc. Si le jeu est assez simple à prendre en main, il ne pardonne que très peu les aléas sur la gestion financière. Puisqu’il n’est jamais possible de faire un emprunt, ni de transférer les fonds d’une île prospère à une autre en difficulté pour l’aider à se développer, il arrive souvent qu’on doive attendre sans rien faire, si ce n’est espérer que les caisses se remplissent un peu pour avancer.

Heureusement, le jeu s’avère suffisamment généreux en missions, aléatoires ou scriptes, pour pouvoir se rattraper en cas de banqueroute imminente. Pour prospérer, on peut notamment « améliorer » nos dinos, en intégrant à leur ADN de nouvelles capacités qui les rendront plus efficaces ou plus endurants, ce qui fera ainsi monter leur note auprès du public, et avec notre attractivité touristique.

Cuisson un peu trop bleue

Qu’on soit fan ou néophyte en termes de tycoon, Jurassic World Evolution réussit à accorder les deux sur un point : son charme, immédiat et permanent. Les environnements sont superbes, baignés de toute une gamme d’effets climatiques et lumineux qui donnent une vie unique au parc. Mais surtout, Frontier a mis le paquet sur le point névralgique du jeu : chaque dinosaure est modélisé et animé avec une précision exemplaire. Un tel sens du fan-service (tous les éléments des films sont présents, des personnages aux compositions symphoniques de John Williams et consorts) fait plaisir à voir, surtout quand le jeu nous permet de profiter de certains moments contemplatifs à voir évoluer notre cheptel juste pour le plaisir.

Avec ses 5 îles, ses innombrables défis et nouvelles bêtes à débloquer, Jurassic World Evolution a de quoi tenir en haleine sur une vingtaine d’heures, sans tourner en rond. Néanmoins, tout n’est pas parfait, et le jeu sait aussi décevoir pour peu qu’on se mette à creuser ses mécaniques de jeu. Le fait que le jeu sorte aussi tôt semble s’expliquer par le devoir de coïncider avec la sortie en salle du nouveau film Jurassic World (Fallen Kingdom) et profiter de l’actualité brûlante de sa saga pour toucher un public plus large. Le problème, c’est qu’on sent que le jeu a été un peu rushé sur certains aspects, notamment tout ce qui concerne les outils de gestion du parc, dont il manque cruellement certains incontournables.

Par exemple, l’interaction avec la foule (ne serait-ce que les feedbacks ou les ressentis de chaque visiteur) est quasi nulle. La gestion du commerce semble aussi totalement évacuée, les options de modulation étant réduites à peau de chagrin. Plus frustrant encore : toute option de customisation cosmétique ou fonctionnelle est ici proscrite, comme si le jeu craignait qu’on ose toucher aux codes esthétiques de sa sacro-sainte saga. De la part des auteurs de Planet Coaster, qui nous ont habitués à une créativité débridée et modulable dans tous les sens, la pilule est dure à avaler, surtout qu’aucun mode bac à sable libre ne permet pour l’instant de développer tranquillement notre parc, sans intervention narrative. C’est dommage même si l’on comprend que Frontier choisit ici une approche volontiers mainstream du genre, pour toucher à un public plus large que celui des spécialistes.

Mais on espère sincèrement que le jeu saura se mettre à jour avec de nouveaux contenus, autant en termes d’attractions et de dinos que de nouveaux outils ou modes de gameplay, pour prolonger un plaisir qui s’essouffle un peu aux dernières heures avant le end game. Laissons le temps à Frontier pour qu’il puisse pallier ce manque, et offrir ainsi à son jeu l’immortalité qu’il mérite.

Notre avis

Beau, généreux, fidèle au plus haut point à sa saga, Jurassic World  Evolution confirme le talent de Frontier à développer des jeux de gestion à la pointe de la modernité. Si le résultat sait tenir en haleine grâce à ses nombreux challenges et missions scénarisées, il souffre aussi de lacunes assez indignes pour le genre. Parce qu’il doit répondre à toutes les attentes, à commencer par celles de sa maison-mère, le jeu n’a pas forcément les épaules pour s’imposer comme le grand tycoon de l’année. Mais son potentiel, énorme, est là et ne demande qu’à éclore dans un enclos encore plus grand et fonctionnel.

8 / 10
Les plus
Les moins
  • Un rêve, devenu réalité
  • Décors superbes, dinos sublimes
  • Des challenges nombreux, à tout moment
  • De vraies bonnes idées (la conduite des véhicules notamment)
  • Difficulté progressive et bien cadrée
  • Bande-son au top
  • Des outils de gestion limités
  • Aucune interaction avec les visiteurs
  • Ergonomie parfois bancale
  • On fait vite le tour de la campagne
  • Pas de mode libre