Avortement d’une Révolution
Après un petit mois dans les mains, j’en suis arrivé à cette cruelle conclusion : cet appareil est un outil qui ne permet pratiquement aucune création intéressante qui justifierait ce système et ces contraintes. Je m’explique : en dehors des limitations qualitatives des images liées à la techniques de l’objet, c’est le concept même de l’objet qui ne prend pas. Un appareil photo, aussi étrange, innovant, rustique ou séduisant soit-il n’en reste pas moins un outil. Un outil aidant à la création d’une image. À la manière d’un instrument de musique aide à la réalisation de mélodies ou de rythmes. Le problème c’est que la caractéristique unique et restrictive du Lytro pousse les utilisateurs à réaliser les mêmes images et ne permet pas d’explorer d’autres pistes. Cela revient à tenter de créer une mélodie avec une guitare ne disposant que d’une seule corde. Du coup le logiciel de développement fourni a beau être basique, il n’apparaît même pas comme un problème. Et encore, j’ai fait abstraction de tout le reste pour le moment. Ce reste, c’est le prix de 399€ ; la qualité des images d’une définition médiocre de 1080 pixels de large, qui ne sont finalement faites que pour être regardées sur un écran ; de la lenteur du zoom et du manque de stabilisation ; de l’ergonomie trop épurée ; du format d’image obtenu ne pouvant être lu que via des navigateurs web et nécessitant le serveur de la société, des contraintes qui pour le coup sont liées à la volonté des créateurs du Lytro de toucher le grand public, alors que la technologie nécessite des composants très performants et très onéreux.
Les appareils que nous sommes amenés à utiliser pour photographier, répondent à des besoins. Des besoins de s’affranchir de contraintes : manque de lumière, compacité, discrétion, distance séparant du sujet, rapidité. Le Lytro ne répond concrètement à aucun besoin photographique. Car l’essence même de la photo est de cibler son sujet et de le mettre en valeur. Que ce soit son repas de midi, un chat faisant une grimace, Mila Kunis en studio, le Touchdown final du Super Bowl, une scène touchante ou un paysage surnaturel, dans tous les cas, expert ou non, le photographe cherchera la mise en valeur de ce qu’il veut exprimer et montrer en image. Quel intérêt de voir un morceau de ce qu’il se passe derrière la scène en ayant le premier plan flou quand on peut avoir l’ensemble net ?
Ce n’est donc pas l’appareil le problème, mais le concept. Comme beaucoup de nouveaux projets qui fleurissent en ce moment, on voit un début d’idée brute laissée telle quelle. C’est dommage, car avec un capteur plus grand (un format de 8cm x 8cm), plus dense (au moins 100 millions de pixels), des lentilles de meilleure qualité et la possibilité de filmer, ce serait un excellent outil cinématographique. Il serait plus onéreux, plus gros, plus lourd mais apporterait un vrai plus en vidéo où la contrainte du jeu de focus est constante. Problème : en vidéo, la norme actuelle est le full HD soit une résolution de 2 megapixels. Il faudrait pouvoir supporter un flux vidéo de 16 megapixels minimum pour exploiter correctement la technologie Lytro. Autant vous dire que ce n’est pas demain qu’on verra un flux pareil alors que la 4k en est à ses prémices.
La technologie plénotique est donc paradoxalement parfaitement adaptée à la vidéo, alors que le support du flux vidéo n’est pas encore adapté à la technologie. Sûrement plus tard. Cependant, si l’utilisation du Lytro a été une bonne expérience, elle reste frustrante tant on se sent limité. Et si on peut comprendre que cette limite est liée au prix de vente (399€), qui reste accessible compte tenu de l’investissement initial, du déploiement confidentiel et des technologies nécessaires, le concept n’en est pas pour autant adapté à la photo.
Test réalisé par Jeremy Fdida du site pixelistes.com.
Sommaire du Test :
