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[Test] Stephen’s Sausage Roll – Une vraie charcu-tuerie [PC]

Par Corentin le

Bon. On va commencer par le commencement parce que je peux comprendre que tout ce cirque puisse vous paraître un peu étrange, comme ça, au débotté. Voici Stephen’s Sausage Roll, littéralement « Le roulage de saucisses de Stephen ». Vous n’allez peut-être pas me croire, mais ce jeu est aussi bizarre qu’il est brillant. L’homme derrière cette folie charcutière se nomme Stephen Lavelle et il n’est pas tout à fait un néophyte dans le domaine des jeux perchés. Sous le nom d’Increpare, le studio dont il est le seul membre, il peut se targuer d’avoir publié une quantité impressionnante de curiosités souvent futiles, mais parfois très intéressantes comme Opera Omnia, un jeu où vous devez gérer des flux de populations sur une frise temporelle.

Comprenez donc bien qu’aussi curieux que puisse paraître Stephen’s Sausage Roll, il s’agit aussi d’un des jeux les plus normaux qu’a sorti Stephen Lavelle. Alors, préparez le charbon et les bières, car on est parti pour non seulement griller quelques saucisses, mais également votre cerveau.

Stephen's Sausage Roll 1

[nextpage title= »Quand puzzle et absurdité s’assaucissent »]

Dans Stephen’s Sausage Roll, vous devez maîtriser l’art délicat de la cuisson de saucisse sur des niveaux découpés en cases. L’enjeu est de taille, les saucisses aussi. Elles seront d’ailleurs tellement grandes (deux cases de long) que vous ne pourrez pas les manipuler facilement. Deux fois plus grandes que vous, vous devrez les faire rouler, les faire glisser, les coincer et surtout ne pas les faire tomber à l’eau, ni les brûler.

Stephen's Sausage Roll 2

Vous n’êtes pas à main nue cependant. Votre personnage manipule une fourchette bien trop grande (elle fait pratiquement sa taille) ce qui rend tous les déplacements sur la grille qui compose les niveaux particulièrement complexes. La marche avant et la marche arrière, ça, c’est bon. Pas de problème. C’est quand il faut tourner que les ennuis commencent. Car une fois la direction impulsée, votre personnage va d’abord chercher à pivoter. Sauf qu’avec votre fourchette qui prend toute la case devant vous, vous avez de grandes chances de faire faire à votre saucisse un mouvement qui n’était pas prévu, ruinant votre stratégie de la faire atteindre le grill. On passe ainsi son temps à faire des créneaux, des marches arrière, des détours pour placer son personnage de la bonne manière et déplacer sa saucisse comme on l’entend.

Ça a l’air de rien comme ça, mais c’est à en perdre la tête. Les niveaux sont minuscules et, milieu insulaire oblige, vous allez nécessairement faire tomber de très nombreuses saucisses à la mer. Mais ce n’est pas la seule façon de ruiner votre barbecue au bord de l’eau ! Car il est également possible de carboniser votre précieuse denrée. La méthodologie subtile de la cuisson de la saucisse requiert d’exposer chaque face au grill qui se situe au sol une fois et une fois seulement. Peu importe le temps qu’elle y reste, peu importe si vous ne cuisez qu’une demi-face à chaque fois, la seule chose importante c’est qu’une face déjà cuite ne doit pas repasser sur le feu. Sinon, c’est noir, c’est mort. Une fois que les deux faces de toutes les saucisses sont cuites et qu’aucune n’est brûlée ou tombée à l’eau, votre office est fait. Il vous suffit de vous en aller en plaçant votre personnage sur la bonne case, dans la bonne position. Parfois, vous l’aurez deviné, c’est justement la sortie qui sera difficile à soigner sans détruire votre œuvre.

Stephen's Sausage Roll 4

[nextpage title= »Saucisse est une révolution »]

Et bon sang, que c’est dur. C’est dur pour plusieurs raisons. La première est que le jeu propose une courbe de difficulté extrêmement irrégulière. Le jeu est difficile tout de suite et ne vous propose aucun tutoriel. C’est à vous d’apprendre et c’est à la dure. On se trompe, on cherche, on n’y arrive pas, on réfléchit, on essaye de comprendre comment manipuler toutes ces saucisses sur ces espaces aussi minuscules. Heureusement que le jeu propose à tout moment d’annuler autant de coups que l’on veut et même de recommencer le niveau dans sa configuration initiale d’une simple pression sur la touche R. Mieux que ça, il est même possible d’annuler les annulations et les réinitialisations. L’accident est donc impossible et c’est tant mieux, car cela facilite l’apprentissage. Car, bon an, mal an, on finit par apprendre. On finit par se créer des petites règles générales, à s’inscrire des principes généraux dans la tête, à mieux comprendre comment résoudre ces puzzles qui, aux premiers abords, nous paraissaient insolubles.

Stephen's Sausage Roll 3

C’est à ce moment précis que Stephen’s Sausage Roll passe du supplice insoutenable au plaisir incompréhensible. Impossible de savoir si on est devenu fou ou si ce bien-être est bien fondé. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on lit dans la matrice des saucisses et qu’on a envie d’y retourner. Les puzzles en deviennent alors presque faciles, on les enchaîne, on finit le premier monde. On pensait qu’on n’y arriverait jamais et finalement, on y est, prêt à attaquer le deuxième monde.
Arrivé sur la deuxième partie de cette grande île menant aux différents niveaux, vous commencez le premier qui vous tombe sous la main. Rien n’a vraiment changé. Ah si, un arbre est posé au milieu du niveau, ce qui en fait un obstacle inhabituel par rapport à tous les puzzles précédents qui étaient parfaitement plats. Vous faites rouler votre saucisse comme à l’accoutumée, en la poussant avec votre fourchette géante. La saucisse s’apprête alors à rencontrer l’arbre et vous vous attendez à être bloqué et à ne plus pouvoir avancer. Et là, quelque chose de complètement imprévu arrive : votre fourchette se plante dans la saucisse. Encore plus incroyable, en reculant pour vous désengager, vous embarquez la saucisse avec vous.

Stephen's Sausage Roll 5

À ce moment précis, c’est tout votre univers qui s’effondre. Vous qui après des heures et des heures de souffrance intellectuelle pensiez avoir tout compris à l’art subtil de la manipulation charcutière devez vous rendre à l’évidence. Il vous reste beaucoup, mais alors beaucoup de choses à apprendre. Une véritable parabole de l’apprentissage, de l’épanouissement personnel et du dépassement de soi. En faisant faire, en faisant découvrir sans le moindre bout de texte (ou presque), Stephen’s Sausage Roll propose un game design à la fois pur, essentiel et évolutif. Il introduit tout doucement de nouvelles possibilités de gameplay qui changeront les perspectives du joueur qui aura tenu bon.

Cependant, avec sa difficulté invraisemblable et son austérité apparente, nombreux seront ceux qui auront lâché prise et encore plus nombreux seront ceux qui auront pris leurs jambes à leur cou à la vue de la première capture d’écran du jeu, révélant des graphismes rappelant Minecraft au mieux et les graphismes vieillots de la PlayStation au pire.

Stephen's Sausage Roll 6

Notre avis

Je ne m’attendais absolument pas à finir par apprécier Stephen’s Sausage Roll durant mes premières heures de jeu. J’ai souffert, mais j’ai également appris dans le procédé. Ce titre qui semble ressembler à une mauvaise blague est en réalité particulièrement réfléchi et offrira une récompense particulièrement puissante à ceux qui ne lâcheront pas le morceau. Jonathan Blow (Braid, The Witness) a dit un jour que les jeux ne devraient pas vous faire sentir plus malin, mais devraient vous rendre plus malin à la place. Je pense très sincèrement que Stephen’s Sausage Roll est de ces jeux-là, qui grâce à quelques saucisses et quelques crises de nerfs, vous rendent bel et bien plus malins. Par contre, je vais peut-être un peu chipolater sur le prix, car 28 euros, c’est un peu fort de café, quand même.

8 / 10
stopwatch 5 min.
Test : LG G5