
« For you guys » avec une jeune fille tenant une pile de chemise pour Eden Park, « Face à la technologie, on est tous un peu blonde », dans une publicité Darty, « Ces femmes qui gâchent la vie du président » en une de l’Express ou encore « Quel atout Najat Vallaud Belkacem a utilisé pour convaincre Hollande de la nommer à un grand ministère ? » tweete tout en finesse Franck Keller (conseiller municipal UMP de Neuilly-sur-Seine), un député UMP qui imite la poule pendant l’intervention d’une député écologiste à l’Assemblée Nationale, les exemples ne manquent pas et les cibles semblent à chaque fois toutes trouvées. « Marre du sexisme qui infiltre toutes les strates de la société ? » questionne MachoLand ? « Agissons, agissez ».
Fondée par trois militants, Caroline De Hass, fondatrice d’Osez le féminisme et ancienne conseillère de Najat Vallaud-Belkacem, Clara Gonzales (militante féministe) et Elliot Lepers (activiste et designer), MachoLand est avant tout « l’expression d’un ras le bol ».
Le sexisme continue de s’étaler grassement sur nos écrans, dans nos journaux ou dans les prises de paroles de personnages publics. Le plus souvent, on nous répète que c’est une blague, qu’on n’a pas bien compris. Ou qu’on n’a carrément pas d’humour.
Comme si le fait de réduire les femmes à un corps (retouché), à des tâches domestiques (peu valorisées) ou à un sexe (méprisé), était drôle.
Macholand.fr, qui se veut une « plateforme d’action collective », un peu à la manière de Paye ta Shnek, qui prenait le versant de l’humour pour dénoncer ces approches lourdingues subies par nombre de filles quotidiennement, propose sur le site du projet d’épingler « Des publicités, des propos et des événements à caractère sexiste » directement sur le site officiel et ainsi « faire entendre la voix de citoyennes et citoyens trop souvent noyée dans la parole publique, médiatique ou politique ».
Le jour de son lancement, à 14h, une multitude de messages ont été envoyés simultanément sur Twitter et Facebook grâce aux membres pré-inscrits.
S’attaquer à ce type de problème est toujours salvateur et bénéfique, ne serait-ce que pour donner une visibilité à un phénomène entré dans les mœurs et finalement plutôt banalisé, néanmoins il n’échappe jamais aux attaques clichées et forcément sexistes (donnons rendez-vous très prochainement dans les commentaires ci-dessous) de la part d’opposants qui pense souvent que le problème est exagéré ou le résultat de victimes forcément coincées et croisées avec un freezer.
Le site n’a d’ailleurs pas échappé à l’attaque d’un hacker et les lettres de menaces n’ont pas tardé à pleuvoir, comme l’a dévoilé Caroline De Hass :
Nous remercions le hacker (pro macho?) qui nous empêche de garder macholand.fr en ligne pour l'instant – notre équipe est dessus! #allright
— MachoLand (@MachoLand) 14 Octobre 2014
Nous subissons encore des attaques mais le site est de nouveau ACCESSIBLE nous restons vigilants pdt que l'équipe identifie les responsables
— MachoLand (@MachoLand) 14 Octobre 2014
Je crois qu'on va publier les mails d'insultes reçus sur [email protected]. C'est énorme. cc @MachoLand
— Caroline De Haas (@carolinedehaas) 14 Octobre 2014
C’est vrai que mépriser les femmes, les humilier, les instrumentaliser ou les réduire à des objets sans neurones ne favorise pas le fait qu’elles soient aussi, au boulot, en politique ou à la maison, méprisées, humiliées, moins bien payées, qu’elles accèdent moins aux responsabilités, qu’elles soient harcelées (1 sur 5) ou violées (75 000 par an), note encore MachoLand.
« Savez vraiment pourquoi vous avez été choisie ? Parce que vous êtes une belle femmes issue de la diversité ? » demande-t-on encore à Fleur Pellerin (ministre de la Culture et de la Communication) sur l’antenne d’Europe 1 ? Forcément. La femme, jeune, jolie est forcément incompétente et choisie pour d’autres considérations que ses compétences.
Emmanuel Macron, lui (et son physique plutôt avantageux), n’a eu à subir de procès d’intention qu’en raison de son passé de financier à la banque Rothschild. Le fait qu’il ait 36 ans ne lui a valu aucun procès en incompétence lorsqu’il a été nommé ministre de l’Economie en remplacement d’Arnaud Montebourg et encore moins la suspicion d’avoir séduit quelques personnes influentes pour favoriser sa promotion.

Le sexisme est un sujet éminemment politique. Il concoure à enfermer les femmes dans le rôle qu’on souhaite lui attribuer. Certes. Néanmoins, tous les hommes ne sont pas des salauds et toutes les femmes ne sont pas des victimes. Certaines souhaitent pouvoir s’affranchir d’un discours féministe unilatéral qui ne lui correspond pas toujours. La campagne active d’Osez le féminisme pour la suppression du mot Mademoiselle n’a pas forcément convaincu, d’autant que les combats pour lutter contre les inégalités hommes-femmes ne manquent pas (différence de salaires, tâches domestiques notamment). Oui, le discours dominant est plutôt à la misogynie, est-ce pourtant le meilleur moyen de s’y attaquer, en dénonçant ? D’autres osant même le mot “délation“, un peu comme Twitter aime à le faire quand il trouve un os à ronger par temps de pluie.
Récemment, le gamergate nous a rappelé que tous les secteurs sont concernés. Hier encore, Kokobé du JDGa prenait la plume pour nous apprendre que l’éditorialiste féministe, Anita Sarkeesian, auteure de la chaîne YouTube Feminist Frequency, qui devait faire un discours sur « la misogynie et le harcèlement dans la culture du jeu vidéo » à l’université de l’Utah a du annuler son intervention à cause de lettres de menaces reçues par plusieurs employés de l’université dans laquelle son auteur « menace de commettre « la fusillade estudiantine la plus meurtrière dans l’histoire des États-Unis » si le discours de Sarkeesian n’était pas annulé ».
Macholand.fr a de beaux jours devant lui, le chemin est encore long.