[Paradoxe] Facebook protège la vie privée tout en renforçant son ciblage publicitaire

Business

Par Elodie le

La semaine dernière, plusieurs annonces de Facebook sont venues remettre la protection de la vie privée en première ligne des préoccupations. Dans un exercice d’équilibriste des plus vertigineux, Facebook a, dans le même temps, promu la protection des données personnelles de ses utilisateurs et l’accentuation des publicités ciblées via la traque des activités des internautes sur le web ? Vous avez dit antagonique ?

crédits : La Penta
crédits : La Penta

Dans un premier temps, Facebook a communiqué sur son « Privacy Basic » qui aide les utilisateurs à s’y retrouver dans la politique d’utilisation de leurs données (le message est clair « Vous avez le contrôle » sur « ce que vous montrez aux autres », « comment ils interagissent avec vous », et « ce que vous voyez »), et a mis à jour sa politique de protection de la vie privée, Data policy, (ainsi que « Terms » et « Cookies policy »). Encore une. Cependant, il faut le reconnaitre, celle-ci est beaucoup plus ludique et claire que les précédentes et répond à des questions simples : « quels types d’informations recueillons-nous ? Comment les utilisons-nous ? Comment ces informations sont-elles partagées ? Comment puis-je gérer ou supprimer les informations à mon sujet », etc. Cette nouvelle politique de confidentialité est soumise pour avis jusqu’au 20 novembre, précipitez-vous si la question vous concerne.

facebook_data_policy
facebook_utilisation_données

Des questions amenant des réponses… pas aussi claires que la nouvelle ergonomie de cette Data policy. Pour Numerama, outre des formules « floues » dont « use et abuse » la firme de Menlo Park, Facebook communique plus sur l’utilisation qui pourrait être faite de nos données par des tiers si celles-ci sont mal protégées, que l’utilisation qu’en fait la compagnie. À sa décharge, l’effort entrepris pour apporter plus de transparence est visible. Notamment concernant les demandes légales, sur lesquelles les géants du web communiquent désormais depuis l’affaire Snowden/NSA.

facebook_demandes_legales

De plus, noyée dans la masse d’informations, Facebook en aurait profité pour apporter une modification dans les termes définissant le droit de propriété des utilisateurs sur leurs données personnelles. Discrète, celle-ci se joue sur une phrase, supprimée depuis.
Ainsi, « vous restez toujours propriétaire des informations vous concernant que nous recevons, même si vous nous donnez l’autorisation de les utiliser » a disparu pour être remplacé par une notion autour des « droits de la personnalité ». Plus de droit de propriété sur nos propres données personnelles donc. Néanmoins, les avis sont partagés sur cette question, jusqu’au sein du CNNum (Conseil National du Numérique), qui exclut d’accorder un tel droit aux internautes pour trois raisons (Numerama) :

1- « Parce qu’elle renvoie à l’individu la responsabilité de gérer et protéger ses données, renforce l’individualisme et nie le rapport de force entre consommateurs et entreprises » ;

2- « Parce qu’elle ne pourrait que générer des revenus anecdotiques pour les usagers et susciter à l’inverse un marché de la gestion protectrice des données numériques » ;

3- « Parce qu’elle déboucherait à un renforcement des inégalités entre citoyens en capacité de gérer, protéger et monétiser leurs données et ceux qui, par manque de littératie, de temps, d’argent ou autre, abandonneraient ces fonctions au marché ».

facebook_basics_policy

Dans un deuxième temps, Facebook a annoncé qu’il allait renforcer le ciblage des publicités, sa machine à cash. Une première nouvelle pour faire passer la pilule de la deuxième ? C’est la question que l’on peut se poser lorsqu’on voit l’arsenal qui va être nouvellement déployé pour analyser le comportement en ligne de ses utilisateurs.

Une étude des comportements déjà existante dans une certaine mesure à travers les boutons « J’aime » intégrés sur les sites internet tiers notamment.

facebook_ad

Facebook va aller encore plus loin en analysant le comportement de ses membres en dehors de ses pages, donc plus d’affinages pour les annonceurs qui pourront encore mieux cibler les publicités à présenter aux utilisateurs. Un peu à la manière de Google qui scrute vos recherches pour insérer ensuite des publicités correspondantes.
Cette pratique est déjà en vigueur aux États-Unis depuis juin et dans quelques pays européens, son arrivée est attendue courant 2015 en France.
Lors de son introduction aux États-Unis, Facebook s’enthousiasmait alors sur sa newsroom :

«Imaginez que vous avez envie d’acheter une nouvelle télévision et que vous commencez à chercher des modèles sur Internet ou sur certaines applications. Nous pouvons dès lors vous montrer des publicités pour des télévisions afin que vous trouviez le meilleur prix, ou que vous découvriez de nouvelles marques. Et puisque nous comprenons que vous aimez l’électronique, nous pourrons vous montrer des publicités pour d’autres appareils électronique à l’avenir, comme des consoles de jeux ou des hauts-parleurs. »

RÉ VO LU TIO NNAIRE.

La démonstration s’achevant sur le fait que « beaucoup d’autres entreprises font déjà ce genre de choses ». Ceci n’est pas une excuse…
Cependant, avec le package, Facebook proposera aussi d’expliquer aux internautes pourquoi telle publicité s’affiche sur son mur plutôt qu’une autre via un menu déroulant à côté de la publicité en question.

« Aux États-Unis, cet outil a été très bien reçu. Nos utilisateurs aiment comprendre pourquoi on leur propose certaines publicités », selon Erin Egan (Figaro).

Mais surtout, Facebook permettra à ses membres de refuser les publicités ciblées provenant des sites et applications qu’ils utilisent par le biais d’ un formulaire, comme annoncé sur sa page officielle. C’est dans le cadre d’une collaboration avec la European Digital Advertising Alliance que cela a été rendu possible. Une fois bloquées, les publicités le sont sur tous les terminaux d’accès à Facebook (ordinateur, téléphone portable, tablette).

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