[Twitter] Edward Snowden débat surveillance avec le créateur de la série « The Wire »

Sur le web

Par Elodie le

Twitter offre parfois ce genre de rencontre fortuite. Celle de dimanche dernier a fait se croiser et débattre Edward Snowden et David Simon, journaliste à l’origine de la série The Wire (Sur Ecoute en VF). Ou deux approches de la surveillance électronique.

débat_twitter_snowden_the_wire_simon

Twitter. Dimanche 20 mars. Fin de matinée. Edward Snowden, l’ancien agent de la NSA qui a révélé au monde entier le système de surveillance tentaculaire de la NSA, commente un article du New York Times expliquant que lors de la préparation et l’exécution des attentats de Paris du 13 novembre dernier, les terroristes ont utilisés des téléphones jetables plutôt que le chiffrement pour passer sous les radars.

Une information qui avait été évoquée peu après les tragiques événements lorsque le téléphone ayant servi pour lancer l’opération meurtrière avait été retrouvé dans une poubelle à proximité du Bataclan. Les forces de l’ordre n’y avaient trouvé qu’un SMS, non chiffré : « on est parti on commence ». Plus tard, de nombreux téléphones prépayés avaient été retrouvés chez les suspects.

Le quotidien américain s’appuie sur un rapport du ministère de l’intérieur long de 55 pages.

En marge de l’arrestation de Salah Abdeslam et en plein débat national autour du chiffrement, nerf de la guerre entre le FBI et Apple, le New York Times venait donc rappeler que les terroristes semblaient privilégier les vieilles méthodes plutôt que les nouvelles technologies de chiffrement, décriées, mais surveillées, par les autorités.

Le jeune lanceur d’alerte s’amuse alors à faire référence à la série devenue culte The Wire, où des dealers de Baltimore usaient des mêmes méthodes pour contrer les écoutes de la police :

« The Wire (2002) aide les terroristes. David Simon recherché pour être interrogé ».

Une mention à laquelle n’échappe pas le créateur de la série. S’engage alors un débat passionné, et forcément passionnant, sur la surveillance électronique. Deux visions s’opposent alors. Deux expériences aussi, celle du renseignement (Intelligence) pour Snowden et des opérations policières pour Simon, qui a enquêté de longs mois à Baltimore et auprès des forces de l’ordre pour écrire The Wire.

Le journaliste a une explication sur l’une des raisons pour laquelle ces informations sortent dans la presse : « C’est un argument tactique crédible pour obtenir au plus vite les métadonnées, pour isoler les téléphones jetables avant qu’ils soient jetés ».

Ce à quoi Snowden lui répond que « dans les opérations de la vie réelle les téléphones sont utilisés pour une action, un appel. Leur durée de vie se compte en minutes, en heures. Pas en jours ». Il serait vain de vouloir les isoler. Simon lui oppose alors une autre réalité, celle de la rue, « Je ne peux pas parler pour la durée de vie d’un téléphone au Pakistan. À Baltimore, leur coût est tel que leur durée de vie se compte en jours ».

Vient alors le point de scission entre les deux hommes. Là où Snowden craint de tomber dans la surveillance de masse : « Les terroristes transnationaux ne courent pas après les téléphones jetables », avance le jeune analyste, rappelant que le système mis en place par la NSA n’a pas vocation à débusquer le dealer qui sévit au coin de la rue, Simon lui oppose une vision plus nuancée : « Il y a des différences [entre les terroristes et les trafiquants de drogue], c’est sûr. Mais il reste que les télécommunications sont le nœud de vulnérabilité commun à toutes les conspirations criminelles. Il faut essayer. »

« Personne ne conteste le rôle de la surveillance des télécommunications. C’est leur échelle qui est critiquée », estime alors Snowden, opérant la différence entre une collecte massive et indiscriminée et une écoute opérée après mandat.

« Les métadonnées n’ont jamais demandé de plein mandat. Et ce ne devrait pas être le cas », juge Simon. « Pas du tout d’accord. Et la NSA obtient ces métadonnées avant même d’avoir un mandat, par la force de la technologie », lui rétorque Snowden.


« Tous les gouvernements mentent. Et pourtant, il faut bien qu’ils gouvernent », tranche David Simon.

Point d’accord en vue donc, mais une belle passe d’arme.

Pour rappel, en mars 2015, David Simon avait été interviewé par Barack Obama. Lors de cet échange, la réforme de la justice pénale aux États-Unis était cette fois-ci au cœur de l’entretien.

L’intégralité des tweets échangés ici