[Réseaux sociaux] L’Iran veut stocker ses données sur son territoire

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Par Elodie le

L’Iran donne un an aux services de messagerie en ligne pour stocker les données des utilisateurs iraniens sur le territoire national, sous peine d’être purement et simplement interdits.

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La gestion des données personnelles des internautes est une question épineuse qui revient régulièrement sur le devant de la scène, que ce soit pour des enjeux financiers évidents que pour des questions de protection de la vie privée.

Les révélations d’Edward Snowden ont donné du grain à moudre aux détracteurs des géants du web qui souhaitent pouvoir stocker les données de leurs citoyens sur le territoire national.

Pour ces géants de l’internet, outre l’aspect purement mercantile qu’on leur oppose, il est également question de protection de la vie privée et de la sécurité de leur utilisateur, certains de leurs services sont utilisés par des opposants politiques ou font l’objet de censure.

Accorder le droit à un pays d’héberger ces données sur leur sol, c’est aussi leur donner un droit de regard et un potentiel pouvoir de surveillance et/ou répression.

Gageons que cette récente demande de l’Iran formulée par le Conseil Suprême du Cyberespace, créé en 2012 par le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, va faire couler beaucoup d’encre. Reporters sans frontières s’était d’ailleurs inquiété de sa création.

L’Iran est déjà l’un des pays les plus sévères et rigoristes concernant Internet. Nombre de services y sont tout simplement proscrits, notamment Facebook, Whatsapp et Twitter, bien que les Iraniens arrivent à y accéder grâce à des logiciels anti-censure très répandus — et que le président Rohani et l’ayatollah Khamenei détiennent tous deux un compte Twitter.

L’agence iranienne de presse (IRNA) a donc fait part de la décision du Conseil Suprême du cyberespace, rapportée par Reuters : « Les sociétés étrangères de messagerie actives dans le pays auront obligation d’y transférer toutes les données et activités liées aux citoyens iraniens pour pouvoir poursuivre leurs activités ». Dans ce communiqué laconique, le Conseil, dont les membres sont tous désignés par Khamenei, justifie cette décision par des « inquiétudes » du chef suprême.

Une mesure qui viserait en particulier l’application chiffrée Telegram. Celle-ci jouit d’une grande popularité en Iran en raison de son haut degré de sécurité, environ 20 millions d’Iraniens l’utiliseraient sur une population totale de 80 millions d’habitants. Mieux, selon un article de l’ONG International Campaign for Human Rights In Iran, près de la moitié de trafic internet du pays serait à mettre sur le compte de la messagerie.

Telegram propose le chiffrement de bout-en-bout (end-to-end) des communications, une solution qui pourrait poser problème si les autorités entendent stocker les données sur des serveurs situés en Iran afin d’accéder aux contenus de ces échanges. Le chiffrement end-to-end rend cela impossible, les serveurs ne servant que de relais. Toutefois, les métadonnées renseignent parfois plus que le contenu lui-même.

En novembre dernier, les autorités ont annoncé avoir arrêté plus de 20 administrateurs de groupes Telegram pour la diffusion de « contenu immoral ».

Depuis 2014, l’opération « Araignée » diligentée par le Centre de la cybercriminalité organisée, institution dépendante des Gardiens de la Révolution, mène la fronde contre Instagram et ses « agents étrangers » qui corrompent la jeunesse iranienne.
Des nombreux Iraniens ont déjà fait part de leur intention de changer de service pour les messageries qui se plieraient aux exigences du pouvoir.

Le président Rohani a déjà jugé inutiles et contre-productives ces mesures d’interdiction ou de restriction des réseaux sociaux. Cependant, en Iran, le président n’a que peu de poids et de marge de manœuvre face à la toute-puissance du guide suprême.

Le Conseil a fait part de son intention de créer des « réseaux sociaux iraniens capables de concurrencer les réseaux étrangers ».