[Piratage/espionnage] Verizon réclame une ristourne d’1 milliard à Yahoo

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Par Elodie le

Après les révélations concernant les 500 millions de comptes utilisateurs piratés et l’espionnage opéré par Yahoo au profit de la NSA, Verizon réclame un rabais de 1 milliard de dollars à Yahoo pour finaliser son acquisition.

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Les déconvenues s’enchaînent pour Yahoo. Déjà contraint de vendre tout ou une partie de ses actifs et de se brader pour un prix en deçà de celui escompté (entre 6 et 8 milliards) par les dirigeants et actionnaires, Yahoo enchaîne la mauvaise presse. À son corps défendant ? Pas vraiment. Il y a d’abord celle entourant le piratage dont le groupe a été victime. Piratage détecté en juillet dernier, mais confirmé il y a quelques jours seulement.

Verizon expliquait déjà « évaluer ses intérêts » vis-à-vis de Yahoo. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est venue avec les révélations entourant l’espionnage massif, et quasiment en temps réel, auquel s’est adonné le portail américain au bénéfice de la NSA.

Yahoo dans l’œil du cyclone

Pas un simple stockage des données dans lesquelles les agences gouvernementales pouvaient venir piocher moyennant un mandat, non, Yahoo a conçu un programme logiciel, un « sélecteur », qui scannait l’ensemble des mails reçus par ses utilisateurs à la recherche d’un ensemble de caractères fournis par le FBI ou la NSA. Un programme mis en place secrètement il y a plus d’un an, conformément à une directive du renseignement américain.

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La responsabilité de Yahoo est donc fortement engagée dans ce qui apparaît être une violation manifeste de la vie privée de ses utilisateurs. Une publicité du plus mauvais effet, 3 ans après les premières révélations d’Edward Snowden et des effets qu’elles ont produits (aussi bien sur les mentalités que politiquement, notamment avec la réforme – même relative – de la NSA).

Verizon s’engouffre dans la brèche…

C’est peu dire que l’image de Yahoo est écornée, ses utilisateurs pourraient vouloir aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs et plus respectueuse de leur liberté. Ce qui ne fait évidemment pas les affaires de Verizon qui a posé 4,8 milliards de dollars sur la table pour s’offrir une entreprise, certes en difficulté, mais à la réputation sauve.

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Ça lui pendait donc au nez, Verizon l’a fait ! Qui pourrait reprocher au géant des télécommunications de ne pas saisir cette si belle occasion d’économiser un petit milliard de dollars ? Certainement pas les médias et autres experts financiers qui évoquaient cette possibilité depuis les toutes premières révélations concernant le piratage dont a été victime Yahoo.

… et demande une ristourne de 1 milliard de dollars

Selon certaines sources proches du dossier, Verizon fait pression pour obtenir un petit rabais, condition sine qua non à la finalisation de la transaction. Le New York Post indique que Tim Armstrong, déjà à la tête d’AOL après sa vente pour 4,4 milliards de dollars à Verizon et qui devait prendre les commandes de la nouvelle entité, s’est entretenu avec les dirigeants du groupe, dont Marissa Mayer, pour évoquer cette ristourne.

La CEO, déjà sur la sellette, ferait tout pour préserver les actionnaires (et leur portefeuille), qui réclamaient sa tête il y a encore quelques mois. Selon Yahoo, Verizon n’a aucune base légale sur laquelle s’appuyer pour changer les termes de la transaction. La décision d’accéder aux exigences de Verizon pourrait intervenir lors du prochain conseil d’administration prévu dans deux semaines.

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La CEO de Yahoo, Marissa Mayer

En cas d’échec des négociations, Tim Armstrong n’exclut pas de se retirer du deal. La fusion entre AOL et Yahoo devait en faire une force de frappe à même de rivaliser avec Google et Facebook, ce qui semble désormais largement compromis.

Des cachotteries qui pourraient coûter cher à Yahoo

Une source indique au NYP qu’en plus de la baisse de prix de 1 milliard de dollars, Verizon entendait mettre un autre milliard de côté pour solder les indemnisations dont la compagnie devra s’acquitter si les plaintes déposées contre Yahoo donnent lieu à des indemnisations.

Ce qui fait tiquer Verizon, ce sont moins les faits dénoncés que les petites cachoteries de Yahoo. Verizon aurait aimé être tenu au courant du piratage en amont des discussions et non l’apprendre deux petits jours seulement avant que Yahoo ne le rende public, comme la loi américaine l’y oblige.

En septembre dernier, le magazine Fortune expliquait que l’accord signé entre Verizon et Yahoo prévoyait une clause de réserve : celle-ci permettait à Verizon de revenir sur les termes du rachat s’il était prouvé que Yahoo avait volontairement dissimulé un accès non autorisé à sa base de données (un piratage donc) ou une divulgation non autorisée des données personnelles.

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Yahoo, actif ou passif ?

Tout l’enjeu sera de déterminer ce que savait Yahoo et surtout depuis quand. Les premiers articles évoquant la vente, par le hacker « Peace », des informations d’identification de 200 millions d’utilisateurs Yahoo remontent à août dernier. Une base de données datant de 2012. Il semblerait que c’est en enquêtant sur cette brèche que Yahoo en a découvert une autre beaucoup plus importante remontant, elle, à 2014.

En revanche, il serait un tantinet mal venu pour Verizon de critiquer Yahoo pour sa collaboration passive/active avec le FBI et la NSA : le géant des télécommunications n’a certainement pas oublié que le scandale PRISM a commencé avec lui. Verizon était alors la toute première entreprise éclaboussée par le scandale à cause de sa collaboration étroite avec l’agence de sécurité nationale. Du côté de Yahoo, on réfute la coopération active, le groupe a choisi de ne pas contester l’ordre judiciaire émis par le gouvernement, contrairement à Apple l’année dernière. Une directive classifiée qui maintenait également Yahoo au secret.

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Rappelons à toutes fins utiles qu’à l’aune des premières révélations d’Edward Snowden publiées par plusieurs médias en juin 2013, Yahoo n’avait pas hésité à engager une procédure judiciaire devant le tribunal chargé du renseignement étranger (FISC) afin de demander la déclassification de certains documents, en l’occurrence, les lettres de sécurité nationale émises par les agences fédérales américaines (FBI, département de la Défense, etc.), qui leur permettent d’obtenir des entreprises (notamment) toute information nécessaire à des fins de surveillance. Des poursuites engagées pour obtenir le droit de communiquer sur la manière dont Yahoo a tenté de protéger ses usagers. Une demande qui lui a été accordée par la justice.

Mais ça, c’était avant !

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