[Deal] Verizon s’offre l’ADN de Yahoo pour 4,4 milliards d’euros

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Par Elodie le

Après des mois de rumeurs et de tractations, c’est officiel. Verizon s’offre les activités internet de Yahoo pour 4,8 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros). Déjà propriétaire d’AOL, le géant des télécommunications va pouvoir diversifier son offre et étendre son empire.

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Après avoir fait la course en tête pendant plusieurs mois, Verizon vient de remporter la mise. Ce week-end les rumeurs se faisaient de plus en plus insistantes et n’attendaient plus qu’à être confirmées.

C’est Verizon qui s’est chargé de l’annonce officielle ce lundi 25 juillet. Ce ne sera pas 5 milliards, mais presque : 4,8 milliards de dollars ont été posés sur la table pour que l’opérateur, géant des télécommunications US, s’offre, un an après AOL, un autre ancien fleuron de l’internet, Yahoo. Verizon récupère ainsi ses activités Internet : moteur de recherche, sites (Yahoo News, Yahoo Mail, finances) et régie publicitaire, ainsi que ses biens immobiliers.

« Combinés, AOL et Yahoo auront plus de 25 marques dans leur portfolio, avec un investissement et une croissance continue. Les actifs-clés de Yahoo comprennent des marques majeures de contenus premium dans la finance, l’actualité et les sports, ainsi que l’un des services email les plus populaires avec environ 225 millions d’utilisateurs actifs », précise les firmes dans un communiqué.

« C’est émouvant de s’unir avec AOL et Verizon alors que nous entamons un nouveau chapitre centré sur les économies d’échelle et le mobile », a pour sa part indiqué la boss de Yahoo, Marissa Mayer, dans un communiqué, tout en assurant rester dans l’entreprise.

Yahoo n’est désormais plus qu’une coquille vide qui aura tout juste la charge de reverser à ses actionnaires les dividendes générés par ses participations dans Alibaba (15 %) et Yahoo Japan(35,5 %), sa filiale japonaise. Deux activités dont aurait préféré se séparer la boss de Yahoo. Mais son impact fiscal (environ 10 milliards de dollars) a tôt fait de rebuter les actionnaires lorsque l’administration fiscale s’est penchée sur le dossier.

Considéré il y a quelques années encore, comme la pépite du web, Yahoo traverse aujourd’hui une crise qui semble ne plus finir incitant le groupe à vendre son cœur de métier, ses activités en ligne, l’ADN de Yahoo selon sa CEO Marissa Mayer. Les derniers résultats financiers du 2e trimestre présentés ce mois-ci accusaient une perte de 440 millions de dollars. Un chiffre qui s’explique par la dépréciation de Tumblr racheté 1,1 milliards de dollars en 2013 et qui ne vaudrait plus que 300 millions de dollars.

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Cette vente est un aveu d’échec pour l’ex-enfant prodigue de la Silicon Valley, débauchée de chez Google à l’été 2012 après 13 ans de bons et loyaux services pour redresser l’ex-pionnier des internets.

Si dans un premier temps, l’effet Mayer a semblé se faire sentir, l’état de grâce a été de courte durée. Avec des résultats financiers décevants et des actionnaires de plus en plus impatients de voir arriver leur retour sur investissement, Marissa Mayer s’est vite retrouvée sur la sellette malgré plusieurs rachat et tentatives. Pour calmer les investisseurs, au premier rang duquel Starboard Value (fonds activiste qui détient 1,7 % du groupe), Mayer a promis un vaste plan de restructuration. Traduction, 15 % des effectifs ont été licenciés et les services les moins rentables ont été fermés (Yahoo screen, originals series).

En mars dernier, alors que la vente était sur les rails, Marissa Mayer réclamait encore 3 ans pour mettre en œuvre son plan de redressement. Ce n’est qu’en avril dernier que la hache de guerre a été enterrée avec SV qui est entré au conseil d’administration du groupe. Reste à savoir ce qu’il en sera avec Verizon. Les premières rumeurs (Bloomberg) plaçaient l’actuel boss d’AOL, Tim Amstrong, aux commandes de la division réunissant les deux entités. Selon Le Monde, Mayer devrait quitter ses fonctions lestée d’un parachute doré de plus de 50 millions de dollars. Un nouveau plan social n’est toutefois pas à exclure.

Triste sort alors qu’en 2008, Microsoft proposait encore de racheter Yahoo pour 47 milliards de dollars. Quelques années plus tard et face aux déconvenues du groupe, Steve Ballmer n’avait pu que se réjouir de cet échec.

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Comme l’a précisé Lowell McAdam, le PDG de Verizon, dans un communiqué, Yahoo va rejoindre la même division qu’AOL afin de créer « un groupe international de médias de premier rang et d’aider à accélérer nos revenus dans la publicité en ligne », le Graal des entreprises high-tech.

Avec cette opération, Verizon change d’envergure. Fort de 700 millions d’utilisateurs fourni par AOL, Verizon passe désormais à quelque 2 milliards d’utilisateurs dans le monde. 2 milliards d’utilisateurs et tout autant de données collectées et revendues pour venir alimenter un modèle économique basé sur la publicité. Ainsi, Verizon va devenir le troisième acteur de la publicité en ligne made in USA avec une part de marché estimée à 5,2 % (cabinet eMarketer), encore loin derrière Google (38,7 %) et Facebook (15 %).

Les plus méfiants verront d’un mauvais œil ce rachat de Yahoo par Verizon et se rappelleront sans doute que le scandale PRISM/NSA a débuté par les révélations de la collaboration un peu trop active de Verizon avec la toute puissante agence de sécurité nationale. La firme avait ainsi fourni les relevés téléphoniques de tous ses abonnés.
Hier comme aujourd’hui, le même argument, la lutte contre le terrorisme.

Le dernier retournement de situation pourrait venir de la fondation Mozilla. Dans un avenant à son contrat signé avec Yahoo en 2014, Mozilla a la possibilité de partir avec un chèque d’un milliard de dollars si le repreneur de Yahoo ne lui convenait pas. Gageons que Verizon a assuré ses arrières…

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