SFR renonce à fibrer la France entière

Business

Par Elodie le

L’opérateur préfère renoncer à son plan de couvrir 100 % de la population française en Très Haut Débit (THD) et ce, sans aide de l’État comme il l’avait annoncé cet été. « Un changement de doctrine», justifie SFR.

Disjoncté

En juillet dernier, mécontent d’avoir vu s’échapper le marché pour le déploiement du réseau d’initiative publique (RIP) de la région Grand Est (et ses 900 000 prises à raccorder), SFR annonçait vouloir faire cavalier seul pour fibrer la France avec ses propres moyens et infrastructures. Se passant du même coup des aides de l’État.

L’ambition n’en était pas moins élevée puisque l’opérateur prétendait se calquer plus ou moins sur le calendrier du plan Très Haut Débit gouvernemental : 80 % d’ici à 2022 et 100 % en 2025 (contre 2022 pour Hollande, 2020 pour Macron).

5 mois de réflexion

À l’époque, Michel Paulin, ex-directeur général de SFR, ne faisait pas dans la dentelle jugeant le plan THD « obsolète ». Le groupe entendait pallier les « retards liés à la complexité et au manque d’efficacité des dispositifs actuels et l’explosion de la dépense publique pointée par la Cour des Comptes ». Quitte à financier son plan ET celui prévu par le gouvernement.
Pour SFR, il s’agissait surtout de devenir propriétaire de ses propres infrastructures pour ne plus être dépendant d’Orange.

Las, invité à s’exprimer lors d’une rencontre entre les collectivités territoriales, les opérateurs et l’Arcep, Régis Turrini, secrétaire général du groupe SFR, parle désormais de « changement de doctrine » et revoit les ambitions de l’opérateur à la baisse.

Il faut dire que les finances de la maison mère Altice ne sont pas au beau fixe : le titre dévisse en Bourse et sa dette reste stratosphérique, plus de 50 milliards d’euros. L’urgence est à la réduction de la dette et des dépenses. Un nouveau cap qui ne fait qu’accentuer les critiques à l’encontre de l’opérateur du côté des élus, du gouvernement et des acteurs des RIP. Les départs-surprises de Michel Paulin et Michel Combes en septembre dernier ont rajouté de la confusion.

Des ambitions plus réalistes

Régis Turrini explique ainsi les raisons de ce revirement par cette défiance généralisée : « Peut-être que notre projet a été présenté de façon maladroite », avance-t-il. Ajoutant, « Il a été mal perçu et nous n’avons pas su créer une ébullition pour susciter l’adhésion du plus grand nombre ». Le secrétaire général concède tout de même à demi-mot avoir mis la charrue avant les bœufs puisqu’« Il faut six mois pour former un soudeur de fibre ».

SFR fait donc marche arrière et revient à un rôle plus proche de celui qui était le sien avant l’été : le groupe couvrira les zones AMII (zone moins dense d’investissements privés) et répondra à des appels d’offres dans le cadre des RIP. Peut-être moins ambitieux, mais plus réaliste.