SFR tacle le Plan Très Haut Débit et veut faire cavalier seul

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Par Elodie le

Déjà mécontent d’avoir vu s’échapper le marché pour le déploiement du réseau d’initiative publique (RIP) en début de mois, SFR tacle le plan Très Haut Débit (THD) et annonce vouloir faire cavalier seul pour fibrer tout le pays.

Après la parole, les actes. SFR avait prévenu : si le marché RIP de la région Grand Est lui filait sous le nez, soit 900 000 prises à raccorder à la fibre, Altice-SFR lancerait le chantier d’un réseau concurrent, avec ses propres moyens et sans subvention publique. C’est désormais officiel !

SFR, qu’il faut maintenant appeler Altice, annonce vouloir fibrer l’ensemble du territoire à elle seule, soit 80 % d’ici à 2022 et 100 % en 2025. Un déploiement qui débutera en septembre 2017, avec de premiers foyers raccordés à l’automne.

Je marche seul

Michel Paulin, Directeur général de SFR, juge le système du plan THD « obsolète ». Officiellement, il s’agit donc de palier « retards liés à la complexité et au manque d’efficacité des dispositifs actuels et l’explosion de la dépense publique pointée par la Cour des Comptes ». Si le budget initial du plan était fixé à 20 milliards d’euros d’investissements (partagés entre les opérateurs privés, les collectivités territoriales et l’État), la Cour des Comptes l’estime plutôt à 35 milliards d’euros.

SFR de son côté entend faire mieux : achever son plan THD dans les temps et sans dépassement. Tout en continuant de financer le plan France Très Haut Débit voulu par le gouvernement Macron, et lancé sous l’administration Hollande, à hauteur de 2 milliards d’euros sur trois ans.

L’opérateur a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Ce plan apparaît comme le bon prétexte pour se détacher de la tutelle d’Orange qui lui loue l’accès à son réseau cuivré. En économisant cette location à 800 millions d’euros par an, SFR assure pouvoir entrer dans ses frais de déploiement.

« Altice a développé une approche unique de maîtrise des coûts et a mis en place, à l’instar de ce qui a été fait sur le mobile en France, une véritable usine de production de déploiement de bout en bout. »

Pour la firme, un argument plaide en sa faveur : son financement 100 % privé donc dénué d’argent public.

En outre, SFR ne manque pas de vanter ses « 10 millions de prises fibre et la plus large couverture du territoire en 4G » en citant les données ARCEP. Mais la firme oublie de préciser au passage leur opposition sur le terme de « fibre » justement.

Fibre oui, mais laquelle ?

Si près de 9 millions de prises sont raccordées à la fibre chez SFR, elles le sont en réalité par terminaison coaxiale (FttLA), contrairement à Orange et Free notamment qui déploient la fibre de bout en bout, c’est-à-dire FttH. Ce qui avait poussé les deux opérateurs à accuser SFR de « publicité mensongère » et l’Arcep à se ranger de leur côté.

Cette sortie du bois de SFR a eu le mérite de raviver la guerre entre les opérateurs. Peu enthousiastes à l’idée de raccorder les zones blanches ou peu peuplées – et donc non rentables – les opérateurs assurent désormais vouloir fibrer à tout va : Orange est sorti du bois et annonce s’aligner sur SFR. L’opérateur histoire va ainsi déployer la fibre dans les Hautes-Pyrénées sans subventions publiques.

Les consommateurs leur disent merci !