Selfie Harm : Un photographe interroge le rapport des jeunes à leurs selfies

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Par Julie Hay le

“Selfie Harm ”, c’est le nom du projet du photographe John Rankin Waddell. À travers une série d’autoportraits, il veut démontrer la dangerosité des pratiques de retouche photographique chez les adolescents.  

Le projet, débusqué par endgadget, est simple, un photographe propose à des adolescentes de retoucher des portraits d’elles même. Par le biais d’une application très accessible, les jeunes filles vont améliorer le selfie comme elles voudraient qu’il soit publié sur les réseaux sociaux. Des lèvres plus charnues, des yeux plus grands et un teint parfait, nombreux sont les points que les adolescentes souhaitent améliorer.

Le jeu dangereux de la retouche

À l’heure où Instagram devient le média privilégié pour le partage de photographies, les jeunes filles sont confrontées à des modèles féminins optimisés. Des filtres qui suppriment les imperfections, des applications qui affinent le visage, l’image des femmes sur les réseaux sociaux et particulièrement avec la pratique du selfie change le rapport des femmes à leur corps. De nombreux chirurgiens étudient ce phénomène de la “Dysmorphophobie Snapchat” explique Docteur Walschot dans Neonmag “Avec l’arrivée des réseaux sociaux de plus en plus de patients viennent avec une version d’eux-mêmes avec un filtre”. Le chirurgien précise que dans ces cas-là, une opération esthétique n’est pas considérée et que la solution est trouvée du côté de la thérapie.

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For my latest series, Selfie Harm 🤳 I photographed teenagers & handed them the image to then edit & filter until they felt the image was ‘social media ready’. People are mimicking their idols, making their eyes bigger, their nose smaller and their skin brighter, and all for social media likes. It’s just another reason why we are living in a world of FOMO, sadness, increased anxiety, and Snapchat dysmorphia. It’s time to acknowledge the damaging effects that social media has on people’s self-image. Thanks to: the incredible individuals that took part in the @Visual.Diet project; Jennifer, Felix, Alessandra, Maisie, Isaac, Seb, Beneditcte, Shereen, Mahalia, Eve, Siena, Tomas, Emma & Georgia. Also, @mimigray_ at @mcsaatchilondon, @marinetanguyart, @gemfletcher, @technicallyron & @justintindall on making this project come to life 🙌 PLEASE NOTE 📝 The majority of subjects preferred their original image.

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Je prends des Selfies donc je suis.

“Donc, pourquoi les adolescents font-ils des selfies ? C’est pour eux une tentative de maîtrise de leurs questions existentielles” explique Florent Sarnette dans son ouvrage Le selfie adolescent : du premier regard au premier miroir, un au-delà du narcissisme. Le selfie étant une manière de contrôler le regard que l’autre porte sur soi, l’arrivée des applications de retouches créent une nouvelle manière de se percevoir, se modifier.

À une période où l’adolescent est en pleine construction de son identité, le selfie est une exposition du corps tel qu’il aimerait être perçu par les autres. En se regardant lorsqu’il se prend en photo, l’adolescent garde le contrôle. Un contrôle qui se retrouve aussi dans les retouches qu’il fait avant de la poster sur les réseaux sociaux. Aussi anecdotique qu’un bouton effacé ou plus impactant comme une mâchoire redessinée, la retouche change le rapport de l’adolescent à son visage.

Le photographe explique tout de même qu’à la fin de l’expérience, la plupart préfère les photographies non retouchées.