Selon l’OMS, les e-cigarettes seraient « nocives »

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Par Antoine le

D’après un rapport présenté vendredi à Rio de Janeiro par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les cigarettes électroniques seraient “incontestablement nocives” et devront être “régulées”. L’agence déconseille également ces appareils dans le cadre d’un arrêt du tabac. Le rapport présente toutefois quelques lacunes en termes scientifiques.

Le “vapotage” consiste à inhaler des vapeurs créées non pas par la combustion du tabac, mais par le chauffage d’un liquide contenant des arômes et de la nicotine. Ces cigarettes électroniques ont rapidement vu leur popularité décoller, au point de dépasser très largement le simple cadre de la transition pour fumeurs avant l’arrêt complet. Avec le temps, c’est devenu une véritable mode, à laquelle même des gens auparavant des non-fumeurs ont succombé.

Un vrai coup de bambou alors qu’il s’agissait à l’origine de l’argument phare du dispositif, prétendument sans danger et constituant donc une alternative saine à l’affreux tabac. D’après l’OMS, si la fumée de cigarette électronique contient des substances “moins toxiques que les cigarettes combustibles” elles présentent tout de même des risques pour la santé.

Bien que le niveau de risque associé aux [cigarettes électroniques] n’aient pas été mesurés de manière concluante, elles sont incontestablement nocives et doivent être régulées.

D’après l’organisation, il y a également un gros manque de preuves quant à leur efficacité dans le cadre d’un arrêt du tabac.

Dans la plupart des pays où elles sont disponibles, les utilisateurs [de SEAN (systèmes électroniques d’administration de nicotine)] continuent en général de fumer des cigarettes combustibles, ce qui présente très peu, voire aucun impact positif

Enfin, l’organisation s’insurge contre ce qu’elle considère être une vaste campagne de désinformation à l’initiative de l’industrie du tabac, qui représente une “menace réelle”.

Un rapport peu documenté scientifiquement

En lisant rigoureusement le rapport de l’OMS, on se rend compte qu’il présente cependant bien plus d’arguments sociétaux et de documentation législatives qu’il ne cite d’études scientifiques. Surtout par rapport à la conclusion phare de l’étude, qui est que les cigarettes électroniques seraient « sans aucun doute nocives ».

L’étude est très documentée en termes démographiques, et retranscrit bien l’importance du phénomène « cigarette électrique ». En revanche, aucune étude parmi celles citées ne suffit à conclure de façon rigoureuse et définitive de la dangerosité de ces cigarettes. Le rapport se contredit même légèrement : on peut lire en page 56 que « les preuves des risques sur la santé associés aux cigarettes électroniques restent peu concluantes » avant d’affirmer quelques lignes plus tard qu’elles sont « incontestablement nocives ». Dans son « résumé des preuves », il est précisé que l’on possède une quantité de preuves « insuffisante » pour quantifier le risque précisément, en se basant sur son propre rapport datant de… 2014.

Un extrait du rapport de l’OMS, page 52. © WHO

On peut cependant prendre ce rapport comme étant un plaidoyer en faveur de principe de précaution. On ne peut en effet pas connaître les effets sur la santé sur le long terme avant d’avoir mené des études rigoureuses sur plusieurs années, et l’OMS a raison de le souligner. C’est pour cette raison qu’elle demande aux états de les réguler « comme des produits nocifs » en attendant d’avoir plus d’informations.

Bien évidemment, l’OMS n’a jamais fait mystère de son lobbying anti-tabac, mais on pourrait s’attendre à ce qu’une organisation d’envergure s’appuie sur plusieurs études indépendantes et bien documentées avant d’affirmer qu’un dispositif, quel qu’il soit, est « incontestablement nocif », par honnêteté intellectuelle. A l’heure actuelle, des études concluantes sur le sujet sont encore extrêmement difficiles à trouver, mais une opération de santé publique bienvenue visant à réduire les ravages du tabac ne justifie pas de tirer des conclusions hâtives même pour un message que l’organisme considère de bon sens.

Cela a au moins le mérite de prouver qu’il y a un besoin urgent de vraies études solides, documentées et menées sur le long terme par des organismes indépendants pour pouvoir statuer une fois pour toutes sur la dangerosité de ces substituts de tabac. Des études que l’OMS et les autres organismes et ministères pourront alors citer en bonne et due forme.

Source: AFP