Pourquoi il est vital de cartographier nos fonds marins

Science

Par Antoine Gautherie le

Les équipes de Seabed 2030, un projet visant à cartographier tous les fonds marins, viennent d’annoncer que la barre symbolique des 20% vient d’être atteinte. Le plus gros reste à faire, mais il s’agit d’une belle avancée dans un projet d’une importance capitale.

© Shaah Shahidh – Unsplash

20% : c’est la proportion des fonds marins aujourd’hui cartographiés selon les standards modernes. Ce pallier symbolique, atteint dimanche dernier, atteste des progrès du projet Seabed 2030, qui vise à cartographier l’ensemble du plancher océanique d’ici dix ans. Ce travail de fourmi bénéficiera directement aux industriels qui cherchent à exploiter les ressources que l’on y trouve, à commencer par le pétrole mais également des minerais : en effet, on y trouve de nombreuses ressources stratégiques et de grande valeur comme le cobalt, le phosphore ou même des diamants ! Les prospecteurs sont donc friands du moindre centimètre carré de relevé précis qui pourrait leur indiquer la localisation de ces précieux gisements. C’est aussi une ressource de choix pour les grandes entreprises de télécom qui y posent d’immenses câbles intercontinentaux. Aujourd’hui, toutes nos télécommunications se basent presque autant sur ces câbles que sur des satellites mais, malgré leur taille et une attention toute particulière apportée à leur résistance, ils ne sont pas infaillibles. Il est donc fondamental de les installer aux endroits les moins risqués, pour assurer la pérennité de nos télécommunications car la maintenance d’un câble par des kilomètres de fond n’est pas chose aisée !

Mais il ne s’agit pas uniquement d’un travail d’archivage, réalisé à des fins strictement documentaires. La connaissance de la topologie des grands fonds est un enjeu majeur en géologie. En analysant les structures du fonds marin, leur taille, leur répartition, les géologues peuvent tirer de nombreuses informations sur des phénomènes variés comme le volcanisme ou la tectonique des plaques, qui seront ensuite mises à contribution dans d’autres disciplines. Mais il ne s’agit pas que de science fondamentale et conceptuelle : ce projet est aussi inestimable dans des disciplines au centre de notre actualité ainsi que pour notre futur. Pour les climatologues, ces données permettent de renforcer la connaissance de phénomènes tels que la formation des tsunamis ou la montée des eaux, autant de thématiques que l’humanité ne peut se permettre d’ignorer et qui ne pourront progresser que sur la base de données de qualité comme celles fournies par Seabed 2030.

© Seabed 2030

Mais ce “périple qui bénéficiera grandement à l’humanité”, n’en est pourtant qu’à ses balbutiements, puisqu’il reste une surface très importante à couvrir, comme l’expliquait le directeur du projet à BBC News : environ deux fois la surface de la planète Mars !

Un exemple de carte produite par ce procédé. © Seabed 2030

Comment boucler ce projet fondamental en temps et en heure ?

La deadline de 2030 ne sera pas évidente à tenir. Comme expliqué dans ce dossier paru dans Ocean Acoustics, plus la profondeur (et donc la distance à parcourir par l’onde) augmente, plus celle-ci sera “amortie” et perdra en précision. De plus, on court le risque de capter des bruits parasites qui viendraient perturber les relevés, à tel point que d’après les responsables du projet, il faudrait plus de 300 ans à un navire isolé pour cartographier un petit peu plus de 90% des eaux de plus de 200m de profondeur…

Pour tenir ces délais, Seabed 2030 effectue une large collecte de données permanente auprès des gouvernements et scientifiques, mais cela ne suffira pas et il faudra continuer à augmenter le nombre de sonars en circulation. Pour cela, deux solutions sont abordées. Les équipes du projet ont déjà commencé à mettre en oeuvre la première, à savoir installer des instruments de cartographie sur des navires commerciaux qui sillonnent les mers et océans du globe. Mais à terme, cette tâche herculéenne pourrait bien être assumée par des bateaux-drones dévoués entièrement à cette tâche. Rendez-vous en 2030 pour savoir si Seabed aura réussi à tenir son pari.