Un premier patient guéri du VIH sans greffe

Science

Par Antoine Gautherie le

Un brésilien de 34 ans positif au VIH et en rémission pourrait avoir été le premier à être guéri de la maladie sans avoir besoin d’une greffe de moelle osseuse : il est en effet resté plus de 57 semaines sans traces du virus dans son organisme.

© Michel Jarmolul – Pixabay

Chacun sait l’immense problème de santé publique que représente aujourd’hui le VIH. Certes, il n’est plus aussi implacable qu’il n’a pu l’être par le passé, et les malades ne sont plus systématiquement condamnés à condition de prendre des médicaments lourds toute leur vie. Mais elle demeure une maladie de premier plan, avec plus de 40 millions de personnes qui vivraient avec le VIH aujourd’hui, en particulier dans des pays où l’accès au soin est plus difficile. C’est donc un vrai espoir à chaque fois qu’une avancée conséquente pointe le bout de son nez. Ces dernières années, nous avons eu de bonnes nouvelles avec les patients dits “de Berlin” et “”de Londres”, qui semblaient tous deux avoir été soignés au terme de traitements aux cellules souches et de greffes de moelle osseuse. Mais cette procédure demeure compliquée à entreprendre et risquée pour le patient, et les recherches se poursuivent pour trouver une méthode alternative. C’est précisément ce que semble avoir trouvé une équipe de chercheurs, qui annonce qu’un troisième patient aurait été guéri du VIH… mais cette fois avec un traitement différent, qui n’implique pas de greffe de moelle osseuse.

Des résultats jugés “provocants”

À la place d’une greff, l’équipe lui a administré un cocktail d’antiviraux puissants à base de maraviroc et de dolutegravir, deux médicaments qui servent à empêcher l’entrée du virus dans les cellules. Les résultats ont été plutôt encourageants puisqu’aux dernières nouvelles, le patient ne présentait toujours pas d’anticorps au VIH après plus de 57 semaines sans aucun traitement anti-VIH. Des résultats réellement intéressants mais qui nécessiteront, comme toujours, de nombreux autres essais pour être validés. D’autant plus que certains des résultats ont fait tiquer des observateurs avisés, dont Sharon Lewin, qui occupe la chaire d’une initiative de recherche anti-VIH australienne. Selon elle, ces résultats sont “ très intéressants” mais à prendre avec des pincettes, car basés sur des “données provocantes”. En particulier, le patient brésilien a eu des résultats de plus en plus faibles lorsque les médecins ont testé ses anticorps, ce qui suggère une réponse immunitaire affaiblie. “C’est très inhabituel chez des patients sous antiviraux”, explique Sharon Lewin.

Ces résultats ont été publiés à l’occasion de l’édition 2020 de l’AIDS Conference, un colloque incontournable pour tous les chercheurs et professionnels de santé qui travaillent sur le SIDA. S’il ne s’agit évidemment pas de remettre en question leurs considérations éthiques, on peut effectivement imaginer que les auteurs de l’étude aient voulu frapper un grand coup et présenter des résultats impressionnants à l’occasion de ce grand rendez-vous. Mais cela n’enlève rien au fait que 50 semaines sans traces du virus et sans transplantation de moelle osseuse demeure un résultat porteur d’espoir : il reste désormais à espérer que les travaux qui seront effectués en complément permettront de confirmer ces résultats.