Ubisoft aurait été réticent à mettre en avant des personnages féminins

Jeux Vidéo

Par Felix Gouty le

La culture misogyne qui semble avoir régné au sein des studios Ubisoft, selon les dires de certains de ses employés, se serait aussi appliquée aux décisions créatives. D’après plusieurs témoignages, la saga “Assassin’s Creed” en a subi les conséquences au fil des ans.

Kassandra, l’un des deux protagonistes possibles du jeu “Assassin’s Creed : Odyssey” (Crédits : Ubisoft).

Ubisoft reste sur la sellette. Après de premières accusations de harcèlement et d’agressions sexuels à l’encontre de plusieurs de ses cadres, fin juin puis début juillet, le studio vidéoludique français continue d’être la cible de révélations peu reluisantes. Il y a quelques jours, France Info relayait notamment les déclarations de Stéphanie Harvey (alias missharvey), e-sportive multiple championne du monde de Counter Strike et ancienne développeuse chez Ubisoft Montréal. Elle avouait avoir été de nombreuses fois victime de sexisme au sein du studio. Aujourd’hui, le média américain Bloomberg en remet une couche avec les témoignages édifiants de plusieurs dizaines d’actuels et anciens employés d’Ubisoft. Selon les dires de certains d’entre eux, le climat sexiste du studio qu’ils décrivent s’appliquait aussi aux décisions créatives portant sur des jeux en développement, et en particulier ceux de la licence Assassin’s Creed.

Serge Hascoët, ancien directeur créatif du groupe (avant sa démission il y a quelques semaines), et le service marketing auraient systématiquement été contre la présence au premier plan de personnages féminins. Comme le rappelle Bloomberg, l’un des membres de l’équipe créative avait avoué en 2014 qu’Ubisoft aurait décidé de ne pas laisser les joueurs incarner des personnages féminins, dans la version en ligne d’Assassin’s Creed : Unity, car “ajouter des animations et des vêtements féminins aurait demandé bien trop de travail.” La direction aurait aussi poussé le personnage d’Evie Frye, dans Syndicate, à passer au second plan alors qu’elle était censée se positionner sur un pied d’égalité avec son frère, Jacob. Dans Origins, les dirigeants auraient empêché que le protagoniste, Bayek, ne meurt. Selon deux employés impliqués dans le scénario du jeu, il aurait à l’origine dû laisser rapidement place au personnage d’Aya. Enfin, concernant Odyssey, les développeurs auraient été obligés d’ajouter l’option de jouer Alexios, en plus de sa sœur Kassandra, seule protagoniste au départ, d’après quatre personnes chargées du développement. Il en sera plus ou moins de même dans le prochain Assassin’s Creed : Valhalla, dans lequel le joueur pourra incarner un homme ou une femme dès le début du jeu. À en croire les développeurs interrogés, le service marketing allait jusqu’à dire que “les personnages féminins ne font pas vendre”. Selon les dires des personnes interrogées par Bloomberg, les opposants de cette idée étaient poussés à effectuer de gros compromis pour satisfaire l’ancien directeur créatif et éviter l’annulation pure et simple du projet. Ubisoft ne s’est toujours pas exprimé au sujet de ces déclarations. Suite à la mise à pied de nombreux cadres accusés et la promesse de changements structurels, Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft, aurait adressé ses excuses à l’ensemble de ses 18 000 employés au travers d’une vidéo diffusée en interne, selon GameBlog.