Netflix : le speed watching est-il si mauvais ?

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Par Julie Hay le

Hollywood s’insurge alors que Netflix annonce l’arrivée de sa nouvelle fonctionnalité. La plateforme va offrir la possibilité de modifier la vitesse de lecture selon sa convenance. Le débat fait rage mais est-ce si grave ?

 

Crédits : afra32 from Pixabay

Hier, Netflix annonçait l’arrivée d’une nouvelle fonctionnalité pour le moins controversée. La plateforme propose de modifier la vitesse de lecture et ainsi de profiter d’une série ou d’un film en accéléré, ou au contraire au ralenti. Rapidement les voix d’Hollywood se sont insurgées contre la pratique, arguant que cela déformait l’œuvre et la vision du réalisateur. Alors même qu’elle n’était qu’en phase de test, la fonctionnalité avait déjà fait couler beaucoup d’encre. Brad Bird, réalisateur de Ratatouille, s’interrogeait à l’automne dernier. “Comment Netflix peut-il soutenir et financer des réalisateurs pour ensuite détruire ainsi leur travail ?” Il n’était d’ailleurs pas le seul puisque Judd Apatow avait adressé un message salé à la firme de Reed Hastings avant le déploiement de la fonction. L’avènement des plateformes de SVOD aura précipité la réappropriation de l’œuvre cinématographique par le spectateur, ce qui ne semble pas vraiment être du goût des créatifs. Certains choisiront d’accélérer des moments qu’ils trouvent longs alors que d’autres ralentiront la cadence pour analyser chaque scène dans les moindres détails (cela nous aurait été bien utile pour l’ultime saison de Dark).

On imagine aussi que pour ceux qui profite du visionnage d’une série ou d’un film pour améliorer leur maîtrise d’une langue, cela pourrait s’avérer bien pratique. Mais est-ce vraiment nouveau ? La réponse est non. Sur VHS et DVD la possibilité de modifier la vitesse lecture a toujours été présente et finalement sur ce terrain Netflix a un train de retard. On notera qu’il est aussi possible de le faire sur Youtube ou même sur les lecteurs multimédias comme VLC. Mais pourquoi lorsque c’est Netflix qui le propose ça fait débat ? Tout simplement parce que dans l’univers des services de SVOD, Netflix fait figure d’exemple et que l’industrie craint que la consommation en accéléré devienne la norme. Un argument que l’on peut comprendre mais qui ne doit pas faire oublier que la fonction devrait améliorer l’expérience de streaming des personnes en situation de handicap.

Netflix fait un pas vers l’accessibilité

Sur les plateformes de streaming, elles n’ont en effet pas toujours les outils nécessaires pour profiter des programmes à leur convenance. L’association américaine des sourds et la fédération des aveugles aux États-Unis ont d’ailleurs félicité la plateforme pour cette initiative. Ils expliquent que cette fonctionnalité permettra par exemple aux personnes malentendantes de ralentir le débit de parole des personnages pour mieux saisir tous les tenants et aboutissants de l’intrigue. Dans un communiqué, relayé par The Verge, Everette Bacon précise que beaucoup de gens atteints de cécité “peuvent apprécier et comprendre un audio joué bien plus rapidement qu’une personne voyante”. Si l’on peut saluer ce premier pas de la plateforme, la bataille n’est pas encore gagnée. Netflix a encore beaucoup d’efforts à faire sur le plan de l’accessibilité. L’audiodescription, qui permet aux non-voyants de savoir ce qui se passe l’écran, n’est pour l’instant disponible que dans la langue originelle du programme, c’est aussi le cas des sous-titres à destination des personnes malentendantes. D’autres options très utiles manquent aussi à l’appel, comme par exemple la possibilité d’adapter les couleurs de l’écran pour les personnes atteintes de daltonisme. On notera qu’aucune des plateformes ne le propose, mais qu’il est possible de d’activer des filtres directement sur son smartphone, son ordinateur ou sa tablette. Enfin, il pourrait être judicieux de mettre un avertissement en cas de lumières clignotantes qui pourraient gêner les personnes photosensibles ou épileptiques. C’est le cas sur la plateforme de Disney+, sur les nouveaux contenus essentiellement. On retrouve l’avertissement avant Artemis Fowl, mais pas Star Wars par exemple. Cela demanderait à Netflix de tester tous ces contenus grâce à des outils comme PEAT. Comme le précise la startup Unified-Streaming, en 1997, 600 enfants ont été hospitalisés après la diffusion du premier épisode de Pokémon.