Des chercheurs diagnostiquent le premier cancer chez un dinosaure

Science

Par Antoine Gautherie le

Des chercheurs canadiens du Royal Ontario Museum et de la McMaster University ont repéré les traces d’une tumeur osseuse maline chez un dinosaure vieux de 76 millions d’années. C’est la première fois que cette maladie est formellement identifiée à l’échelle cellulaire chez un dinosaure, et cette découverte pourrait fournir quelques informations dans le cadre de la lutte contre cette maladie qui fait toujours les mêmes ravages de nos jours.

Une représentation du Centrosaurus par un paléoartiste. © Nobu Tamura (http://spinops.blogspot.com)

Le cancer est aujourd’hui la deuxième maladie la plus meurtrière à l’échelle de la planète. Gérer ce véritable fléau de santé publique n’est pas simple, car il peut prendre bien des visages et se révéler compliqué à déceler avant qu’il ne soit trop tard. C’est pour cette raison que les médecins du monde entier supplient leurs patients de se livrer à différents dépistages pour les cas les plus courants, comme le cancer colorectal ou celui du sein. Mais malheureusement, le diagnostic arrive encore souvent trop tard, à un stade où la maladie a déjà eu le temps de faire des dégâts irréversibles. Cette semaine, un groupe de chercheurs du Royal Ontario Museum et de l’Université McMaster a livré un compte-rendu un peu particulier sur un patient dans ce cas de figure : le pauvre hère a en effet été diagnostiqué environ… 76 millions d’années trop tard.

Non, aucune erreur ne s’est glissée dans cette phrase puisque le patient en question n’est autre qu’un Centrosaurus apertus. Ce dinosaure qui ressemble vaguement au célèbre Triceratops est devenu un cas d’école après la publication de ces travaux dans le prestigieux Lancet Oncology. Des tumeurs avaient déjà été repérées sur des fossiles de Tyrannosaurus rex, ainsi que des traces d’ostéosarcome chez une tortue vieille de presque un quart de milliard d’années, mais il s’agit du premier cas de cancer formellement identifié au niveau cellulaire chez l’un de ces grands reptiles disparus.

L’os en question, où la masse cancéreuse est représentée en jaune. © Royal Ontario Museum/McMaster University

Les traces de cette tumeur ont été repérées sur un os exhumé en 1989 au Canada. A l’époque, sa forme étrange n’avait pas interpellé grand monde; les rares scientifiques à avoir posé les yeux dessus en avaient déduit qu’il s’agissait des conséquences d’une simple fracture. Mais en 2017, son étrange morphologie a fait réagir une équipe de chercheurs à la croisée de l’oncologie, de la radiologie et de la paléontologie. Ils ont donc utilisé l’ensemble des techniques modernes à leur disposition pour analyser l’os méticuleusement. Ces observations leur ont permis de conclure qu’il s’agissait bien des marques d’un ostéosarcome, une tumeur osseuse maligne. Par ailleurs, l’équipe explique qu’un cancer de ce type aurait été fatal à un humain sans traitement, mais que ce n’est pas la maladie elle-même qui aurait tué l’animal. A la place celui-ci serait décédé avec tout son troupeau suite à une inondation.

Des données médicales uniques en leur genre

Et c’est une information plus intéressante qu’il n’y paraît, car elle a permis aux chercheurs de tirer des conclusions qui ne relèvent pas seulement de la biologie moléculaire. En effet, il n’y a quasiment aucune chance qu’un dinosaure perclus par les tumeurs puisse survivre seul. C’est d’autant plus vrai à une période où des prédateurs absolument terrifiants, comme le légendaire T-Rex, écumaient la surface de la Terre à la recherche d’herbivores sans défense. Cet os témoigne donc de l’importance de la dynamique de troupeau à l’époque où les dinosaures et ptérosaures régnaient sur la Planète Bleue : « le fait que ce dinosaure mangeur de plantes ait vécu dans un troupeau aussi grand et protecteur a pu lui permettre de survivre plus longtemps qu’il n’aurait pu l’espérer avec une maladie aussi dévastatrice », explique David Evans, l’un des membres de l’équipe de recherche.

Si cette découverte pourrait paraître insolite et plutôt anecdotique, il n’en est rien. Pour étudier une maladie, quelle qu’elle soit, les données sur ses origines évolutives sont toujours des ressources inestimables. Ce genre de découverte peut apporter des informations très concrètes sur les mécanismes et le développement de la maladie à notre époque contemporaine. Certes, cette découverte ne va pas révolutionner à elle seule l’oncologie et nous apporter un remède miracle. Mais dans la lutte contre des maladies aussi dangereuses que le cancer, tous les moyens sont bons et toutes les informations bonnes à prendre… même quand elles nous viennent d’un dinosaure vieux de 76 millions d’années !

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