COVID-19 : les États-Unis autorisent la transfusion de plasma convalescent

Science

Par Felix Gouty le

Poussée par des déclarations controversées du président Donald Trump, l’Agence fédérale américaine du médicament a autorisé en urgence les transfusions de plasma convalescent pour des malades du COVID-19. Une décision prise sans l’appui d’essais cliniques à grande échelle, mais qui pourrait aider les patients américains.

Crédits : Pixabay.

L’Agence fédérale américaine du médicament (FDA) a autorisé en urgence, dimanche, les transfusions de plasma sanguin d’anciens malades du COVID-19 pour des patients hospitalisés. Le plasma sanguin est la portion liquide du sang qui contient les cellules (globules rouges et blancs), les hormones et les protéines (comme les anticorps). Cette technique médicale consiste à injecter, par le biais du plasma, les anticorps fabriqués avec succès par une personne infectée par le virus puis guérie et totalement débarrassée du virus à une autre, actuellement contaminée et mise en danger par ce même virus. L’ajout d’anticorps spécifiques dans le sang du malade lui permet, en principe, de mieux combattre l’infection. La transfusion de « plasma convalescent » (appelé ainsi car provenant donc d’anciens malades guéris) est utilisée notamment pour lutter contre la diphtérie et a été pratiqué dans certains hôpitaux à travers le monde – y compris aux États-Unis – pour lutter contre le COVID-19. Cette autorisation d’urgence sur le territoire américain va permettre de temporairement la généraliser et de contourner certaines contraintes. La même décision s’applique encore actuellement au remdesivir, un antiviral, et jusqu’à qu’il y encore quelques mois à la chloroquine et l’hydroxychloroquine.

Le résultat d’une pression politique ?

Selon plusieurs premières études à petite échelle, dont la plupart reste seulement en pré-publication, la transfusion de plasma convalescent réduit effectivement les risques de mortalité des malades du COVID-19. Le docteur David Sullivan et des chercheurs de l’université Johns Hopkins l’ont utilisé pour tenter d’immuniser des patients avant qu’ils ne contractent le coronavirus SARS-CoV-2. Aux vues des premiers résultats, concluants selon l’AFP, le médecin américain qualifie même cette technique de « vaccin immédiat ». Néanmoins, elle est difficilement déployable à grande échelle, car dépend du taux de patients guéris localement – contrairement à un véritable vaccin. Malgré cela, selon The Verge, le président américain Donald Trump s’en serait contenté et aurait intentionnellement poussé la FDA à valider cette autorisation d’urgence. Dans une déclaration sur Twitter (ci-dessous) la veille de l’autorisation, il accusait « l’État profond » de contrôler la FDA dans le seul but de « mettre des bâtons dans les roues des sociétés pharmaceutiques soucieuses de tester des vaccins et de produire des traitements. » Selon sa théorie ouvertement complotiste, la FDA « espère retarder sa décision jusqu’au 3 novembre [jour de l’élection présidentielle américaine ; ndlr] plutôt que de rapidement sauver des vies ! »

Par ailleurs, Donald Trump aurait surévalué publiquement l’efficacité de la transfusion de plasma convalescent face au COVID-19, affirmant sans fondement qu’elle réduisait de 35% le taux de mortalité. La FDA, qui s’est ainsi appuyée sur ce chiffre pour justifier son autorisation d’urgence, s’est ensuite excusée selon l’AFP. Le commissaire en chef de la FDA, Stephen Hahn, explique que « les données montrent (seulement) une réduction relative du risque de mortalité et non une réduction absolue de (la mortalité). » L’Agence américaine du médicament souligne par ailleurs que des essais cliniques à grande échelle seront nécessaires pour valider une autorisation plus globale de la transfusion du plasma convalescent chez des malades du COVID-19. D’après The Verge, c’est notamment la raison pour laquelle la FDA aurait attendu aussi longtemps pour prendre une telle décision. Néanmoins, l’urgence de la situation sanitaire aux États-Unis – et la pression gouvernementale – lui suffit aujourd’hui.