(MAJ) TikTok aurait censuré les vidéos des manifestations Black Lives Matter

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Par Julie Hay le

Complément d’enquête sur France 2 révèle les pratiques de modération de TikTok vis à vis des contenus politiques. La plateforme aurait rendu invisibles les vidéos de manifestations Black Lives Matter.

Crédits : Clay Banks on Unsplash

 

TikTok n’aime pas les vidéos politiques sur sa plateforme. Avec deux milliards d’utilisateurs au monde, le succès de l’application n’est plus à prouver. Rien qu’en France, ce sont plus de 10 millions de vidéos qui ont été partagées en 2019, la plupart du temps des danses et des sketchs. Si la plateforme tend à mettre en avant cette forme de divertissement, elle appliquerait une politique de modération beaucoup plus stricte pour les contenus politiques. Complément d’enquête, diffusée sur France 2 le 14 janvier, s’est intéressé aux dessous moins reluisants de ce succès. Dans le cadre de cette enquête, très fournie, les équipes ont interrogé Kam : un jeune TikTokeurs qui a fait le buzz durant le confinement. Sur sa page, il a d’abord partagé une vidéo de son père en train de danser. Celle-ci a été vue plus de 8 millions de fois rapporte France Info. Mais voilà, lorsque l’utilisateur a souhaité documenter les différentes manifestations liées au mouvement Black Lives Matter, il a vu son nombre de vues chuter drastiquement. Celui qui explique avoir simplement voulu montrer ce qui se passait a constaté que ces dernières vidéos comptabilisait à peine quelques centaines de vues. Selon lui, il a été victime de « Shadow Ban ». Interrogé par les équipes de France Télévision, TikTok explique cela par un bug technique.

Le « Shadow Ban » c’est quoi ?

Le « Shadow Ban » désigne les pratiques mise en place par le réseau social pour invisibiliser les contenus qu’il juge problématiques. Plutôt que de purement et simplement supprimer les vidéos, ou bloquer l’utilisateur, comme c’est le cas pour Donald Trump sur les réseaux sociaux, la plate-forme a mis tous ses moyens en œuvres pour que personne ne puisse les voir. C’est à peu près ce qu’avait fait Twitter avec les comptes des médias affiliés à des États en août dernier. Sauf que là, il s’applique à tous les contenus politiques. Un ancien modérateur de la plateforme a témoigné dans le reportage et expliqué qu’il s’agissait d’une pratique courante sur TikTok. « Dans notre équipe, nous n’effacions pas directement les contenus, nous les masquions. (…)Au début, on devait même masquer les vidéos qui montraient des chefs d’Etat. On bloquait aussi des hashtags, des vidéos des manifestations de Hong-Kong ». Pour rappel, TikTok est dans le viseur des États-Unis et a échappé de peu à une interdiction dans le pays. Pour rassurer les autorités, le réseau social avait annoncé l’ouverture d’un centre de modération aux États-Unis à des observateurs extérieurs, en mars dernier.

Pour voir le replay de l’émission, « Tous toqués de TikTok », c’est sur France TVPluzz que ça se passe.

(Mise à jour) :  TikTok, dans un mail, a réagi aux informations relayées par France 2 dans son reportage. « En mai, un bug a temporairement affecté un très grand nombre de mots dans les hashtags (plus de 200 000), allant de noms de fruits à des noms propres. Malheureusement, ce bug a également affecté les hashtags #BLM et #GeorgeFloyd. Le bug a rapidement été corrigé, mais TikTok a conscience qu’il est survenu à un moment douloureux pour la communauté noire en particulier. TikTok estime grandement la diversité des voix s’exprimant sur la plateforme, et s’excuse pour la confusion et la douleur que cette situation a pu causer.  » La firme précise qu’elle « ne censure pas de contenus politiquement sensibles, et toute suggestion contraire est catégoriquement fausse. Nous retirons les contenus qui violent nos Conditions d’utilisation ou nos Règles communautaires, et nous avons mis en place une série de mesures pour identifier ces contenus, y compris la modération humaine et les processus automatisés.  »