Amazon vs libraires : le gouvernement veut fixer un prix unique de livraison

Livres

Par Amandine Jonniaux le

Pour contrer l’hégémonie d’Amazon, Emmanuel Macron s’est prononcé il y a quelques jours en faveur d’un prix unique du livre, que ce dernier soit acheté en ligne ou dans une librairie.

Extrait du livre Godzilla
© Journal du Geek

“Il faut qu’il y ait un prix unique de tous les livres, le livre qu’on va acheter à la librairie comme le livre qu’on reçoit à la maison”. Prononcée le vendredi 21 mai dernier par Emmanuel Macron, cette phrase relance un débat qui fait régulièrement la une en France — surtout après trois confinements ayant conduit à la fermeture des commerces non essentiels : celui de la concurrence déloyale entre les géants du web comme Amazon face aux librairies indépendantes.

Une mise à jour de la loi Lang ?

Depuis 1981, la loi Lang (de son nom complet loi n° 81-766 du 10 août 1981) tente de limiter la concurrence sur le marché de la littérature, en fixant un prix unique de vente pour les livres, généralement défini par l’éditeur et imprimé directement au dos de ces derniers. Seule liberté possible pour les vendeurs, celle d’accorder une remise allant jusqu’à 5% du prix du livre (sous forme de réduction directe ou de cagnotte par exemple).

Avec l’explosion des commerces en ligne, et plus particulièrement du géant Amazon, la loi avait déjà été mise à jour en 2014, en indiquant “Lorsque le livre est expédié à l’acheteur et n’est pas retiré dans un commerce de vente au détail de livres (…) le détaillant peut pratiquer une décote à hauteur de 5 % de ce prix sur le tarif du service de livraison qu’il établit, sans pouvoir offrir ce service à titre gratuit”. C’était sans compter sur les juristes du mastodonte de Jeff Bezos, qui ont contre-attaqué en proposant la livraison à 1 centime, leur permettant de respecter la loi tout en conservant leur agressivité tarifaire.

C’est dans ce nouveau contexte d’un Amazon tout-puissant face à des libraires souvent démunis que le gouvernement veut à nouveau modifier la loi Lang, en y ajoutant une clause sur le montant minimal des frais d’envois proposée par la sénatrice LR Laure Darcos en décembre : “Le service de livraison du livre ne peut pas être offert par le détaillant à titre gratuit. Il doit être facturé dans le respect d’un montant minimum de tarification fixé par arrêté des ministres chargés de la culture et de l’économie sur proposition de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse”.

Aider les libraires indépendants

Il faut dire que si l’État propose aux libraires indépendants de prendre en charge leurs frais d’envois depuis novembre, la démarche est relativement lourde à assumer pour les petits commerces. Mis en place de manière temporaire pendant le dernier confinement, le dispositif oblige en effet le vendeur à avancer les frais d’envois, avant de remplir des dossiers d’éligibilité pour espérer se faire rembourser. Fixer des frais de port harmonisés permettrait ainsi de (re)mettre Amazon sur un pied d’égalité avec le reste des commerces indépendants.

Pourtant, si l’initiative a été saluée par le Syndicat de la librairie française (LSF), cette décision pourrait aussi marquer une augmentation générale des prix. À l’heure où les libraires déplorent des frais d’envois moyens de 6,50€ pour une expédition à domicile, il y a en effet peu de chance que le gouvernement ne décide de s’aligner sur la politique de l’envoi à 1 centime des géants du web.

8 Commentaires

  1. Dixours

    1 juin 2021 at 7:20

    Amazon va riposter en proposant (ou en imposant) aux acheteurs d’ajouter une mini babiole au colis (un médiateur pour guitare par exemple) à 1 centime. Ainsi les frais de port pour le colis pourront rester gratuits.
    Je pense que le Gouvernement ne prend pas le problème par le bon bout.

  2. Axel Rousseau

    1 juin 2021 at 7:24

    Si Amazon payait ses impôts, on ne serait pas obligé d’inventer de nouvelles lois…

  3. Invite

    1 juin 2021 at 7:49

    On pourrait prendre le problème dans l’autre sens, et obliger la Poste à proposer un tarif d’envoi des livres à 1c, uniquement à destination de la France, et balancer le coût en obligeant LBP à payer la différence.

  4. Fargo

    1 juin 2021 at 8:58

    Je pleins sincèrement les libraires, mais je ne vois pas comment ils vont pouvoir s’en sortir.
    Mais avec ou sans frais d’envoi, Amazon a tout en stock et tu le reçois dès le lendemain – c’est un truc contre lequel ils ne pourront jamais lutter.
    Et pour les e-book, ils vont faire comment ?
    Avec Amazon Prime, on a accès à plein de livre gratuit sur Kindle – généralement le tome 1.
    Si tu as aimé, tu achète le tome 2 sous ce même format électronique.
    Tout ne mérite pas une sortie papier.

  5. eldarion79

    1 juin 2021 at 9:13

    Non, ça ne marche pas comme ça.
    Même en commandant pour 1000€, s’il y a un seul livre, il faut payer les frais de port (c’est le cas déjà aujourd’hui à 1 cts)

  6. Zaram

    1 juin 2021 at 11:53

    Si Amazon était français il n y aurait meme pas de discussion, mais houla un truc avec 20 ans d avance pour le commerce non faut tenter de freiner . Désolé c est fini l epoque du libraire qui connaissait presque tout ses bouquins .
    Par contre laisser les grosses chaînes alimentaires vendre 2€ un kilo de pdt acheté 10c a l agriculteur c est normal c est francais .

  7. Astuce23

    1 juin 2021 at 12:18

    Il faudrait prendre le problème à l’envers : pourquoi ne pas créer un tarif “livres et brochures” pour les envois de France à France, comme il existe de France à l’étranger ? En effet, envoyer un livre de 500g en France coûte 5.91€ en lettre verte alors que ce même envoi revient à 1.49€ pour un envoi Europe et 2.60€ pour le reste du monde… Cherchez l’erreur ??

  8. Nicolas

    1 juin 2021 at 17:50

    Bonjour. Les frais d’envois n’étaient remboursés par l’Etat qu’en novembre et décembre. Ce n’est plus le cas depuis janvier.

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