Ce psychotrope pourrait soigner les conséquences neurologiques de la dépression

Science

Par Antoine Gautherie le

D'après une étude de l'université de Yale, le principe actif de certains champignons hallucinogènes a fonctionné sur des souris; reste à voir si la technique sera transposable à l'humain.

Psilocybe mexicana, le premier champignon où la psilocybine a été identifiée. © Alan Rockefeller

Lorsqu’ils durent, les états dépressifs peuvent avoir des conséquences particulièrement néfastes. Celles-ci peuvent  dépasser le cadre du moral : on peut parfois constater des conséquences très concrètes au niveau neurologique, comme l’explique cette étude. Les personnes atteintes de dépression ont par exemple tendance à créer moins de liaisons neuronales, avec toutes les conséquences que cela implique.

Pour gérer cet aspect en particulier des troubles dépressifs, la recherche a déjà tenté sa chance avec de nombreux composés novateurs, mais sans succès clinique. Cela pourrait changer, grâce à des travaux publiés par des chercheurs de l’université de Yale.

Leur proposition se base sur une molécule psychoactive : la psilocybine. Celle-ci est bien connue pour être le principe actif de certains champignons, consommés dans un cadre récréatif ou rituel. L’équipe a choisi de s’y intéresser, car de nombreux témoignages semblaient indiquer que ce composé aidait à diminuer la dépression, voire à la guérir complètement.

Pour cette raison, ce composé était déjà étudié depuis des années, mais les mécanismes impliqués restaient très obscurs. Par ailleurs, nombre de ces travaux reposent essentiellement sur l’auto-analyse des consommateurs concernés. Une analyse donc très subjective, qui peut être à l’origine de nombreux biais… 

Une seule dose pour un effet durable

L’équipe de Yale s’est donc attelée à réaliser une analyse la plus exhaustive possible des phénomènes en jeu. Ils ont constaté que chez des souris, la psilocybine suffirait à elle seule à provoquer des connexions neuronales !

Nous avons constaté non seulement une augmentation de 10% du nombre de connexions entre les neurones, mais elles étaient également 10% plus grandes, et les connexions étaient donc plus fortes”, explique Alex Kwan, neuropsychiatre auteur du papier de recherche.

Pour s’en assurer, ils ont utilisé un microscope laser pour observer les épines dendritiques. Il s’agit de petites excroissances du prolongement d’un neurone. Elles participent à la transmission des informations entre les neurones; ces appendices sont aussi connus pour jouer un rôle clé dans ce qu’on appelle la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité de notre cerveau à réagencer et remodeler les connexions entre neurones tout au long de leur vie.

Une dendrite d’un neurone, où l’on distingue les épines dendritiques. © Mathias De Roo – Travail personnel, CC BY-SA 3.0 / WikiCommons

Les chercheurs se sont rendu compte que ces épines avaient donc grandi significativement. Et ce à peine 24 heures après que la psilocybine ait été inoculée. Mieux encore : une fois soumises à un stress, les souris ainsi traitées présentaient toutes des améliorations comportementales par rapport aux autres. Et la cerise sur le gâteau, c’est que les changements observés étaient toujours présents un mois après; cela semble indiquer que l’effet bénéfique pourrait être durable. Et tout ça en une journée, avec une seule dose !

“Don’t try this at home”

Attention : à moins de vouloir s’illustrer avec la pire séance d’automédication de l’Histoire, il ne faut en aucun cas se gaver de champignons hallucinogènes à chaque coup de cafard. Loin s’en faut. Pour commencer, rappelons qu’en France, ils restent inscrits sans ambiguïté sur la liste des stupéfiants; ils demeurent à ce titre interdits à la vente et à la consommation. Les contrevenants s’exposent à une amende salée, ainsi qu’à une peine d’un an d’emprisonnement.

Il existe évidemment un bon espoir que ces découvertes puissent un jour servir à développer des traitements humains. Mais à l’heure actuelle, cette équipe de recherche n’a pas réalisé d’essais cliniques sur l’humain. Cette étape n’est même pas encore au programme. Laissons donc le temps aux professionnels de réaliser les expériences pertinentes; avec l’espoir qu’ils parviennent, un jour, à développer une nouvelle gamme de traitements.