Si les enseignes Temu, Primark, Shein ou encore AliExpress font un carton auprès des consommateurs, les politiques français ne voient pas la fast fashion d’un très bon œil. Alors que le gouvernement envisageait récemment de taxer les produits d’ultra-fast fashion, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu, accompagné par plusieurs autres députés, veut durcir le ton. Inquiets des dégâts éthiques et environnementaux de ces enseignes qui commercialisent des dizaines, parfois des centaines de nouvelles références chaque jour, politiques et fabricants français entendent faire perdre à Primark, Shein et AliExpress leur argument de vente principal : leur prix bas.
Jusqu’à 10€ de taxe par vêtement
Début février, le député LR Antoine Vermorel-Marques a déposé une proposition de loi, visant à instaurer un système de bonus-malus, en taxant jusqu’à 5€ les produits issus de l’ultra-fast fashion. Cette semaine, c’est le texte d’Anne-Cécile Violland, députée Horizons de la Haute-Savoie, qui passera en commission du développement durable, avant d’être examinée par l’Assemblée le 14 mars prochain.
Ce nouveau texte reprend dans ses grandes lignes la proposition précédente, mais durcit le ton quant au système de bonus-malus. Concrètement, la taxe pourrait désormais s’élever à 10€ par vêtement concerné. Si Anne-Cécile Violland précise au micro du Figaro qu’il ne s’agit pas d’un loi “anti-Shein, Temu et Primark“, elle pourrait sacrément impacter les prix des géants du textile chinois, qui représentent à eux seuls 10% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde chaque année. Rien qu’en France, le nombre de vêtements mis en vente sur les plateformes en ligne a plus que triplé en dix ans, avec 3,3 milliards de pièces par an en moyenne. À l’inverse, leur durée de vie a diminué d’un tiers.
Face aux tarifs ultra-concurrentiels de Primark, Shein et Temu, même les enseignes classiques peinent à rivaliser. H&M, Pimkie et consorts, qui avaient pourtant fait des prix accessibles leur marque de fabrique, ont été contraints d’augmenter leurs prix pour suivre la cadence, et se démarquer face aux 7000 références proposées quotidiennement par Shein et sa communication ultra-agressive sur les réseaux sociaux.
Une taxe limitée
Une limite cependant quant à ce nouveau projet de loi : la taxe de 10€ ne pourra pas excéder les 50% du prix de vente de l’article. C’est un détail qui fait toute la différence pour l’ultra-fast fashion. Les produits vendus par Shein, Primark ou Temu dépassent rarement les 20€ pièce, ce qui rendrait presque inexistante l’idée d’une taxation complète à 10€. Si elle est adoptée, la loi pourrait aussi avoir un effet inverse sur les géants du textile chinois, poussant ces derniers à réduire leur marge pour limiter la taxe à quelques euros. Reste que l’impact économique, écologique et social du phénomène inquiète : “Il y a un enjeu de souveraineté économique et de reconstitution d’une industrie textile française“, estime Christophe Béchu.
Pour diminuer la souveraineté des géants de l’ultra-fast fashion en France, il faudra aussi s’interroger sur l’attractivité des productions made in France. Dans l’Hexagone, des initiatives existent, mais elles sont loin d’être aussi abordables. Un luxe sur lequel beaucoup préfèrent faire l’impasse en période de crise inflationniste.