L’annonce a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Hier lundi 18 mars 2024, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem a appelé publiquement à “rationner Internet“. Objectif : lutter contre l’addiction aux écrans, mais aussi limiter la pollution liée au numérique. Si l’idée a rapidement été écartée par le gouvernement, elle n’en reste pas moins source d’enseignements.
Najat Vallaud-Belkacem propose d'accorder par exemple un nombre limité de gigas à utiliser chaque jour. Face à la pollution numérique, une telle mesure serait profondément progressiste, argumente-t-elle.
→ https://t.co/kSCRQVNxWS pic.twitter.com/LpYZYGhyTP— Le Figaro (@Le_Figaro) March 18, 2024
Pourquoi c’est impossible ?
C’est dans une tribune publiée ce 18 mars 2024 par Le Figaro, que Najat Vallaud-Belkacem a fustigé l’utilisation massive des écrans, et plus précisément d’Internet. La femme politique a notamment indiquée être favorable à l’instauration d’une limite quotidienne pour l’accès au web : “Je souhaiterais que l’on réfléchisse concrètement aux moyens de rationner internet, par exemple en accordant un nombre limité de gigas à utiliser quotidiennement“. Parmi les exemples cités, elle a pris l’exemple d’une limite hebdomadaire de 3 Go par personne, soit l’équivalent d’une petite dizaine d’heures passée sur Netflix, ou quelques 250 heures de navigation Internet, selon nos estimations.
Rationner autoritairement lnternet ?
Probablement la pire manière d’aborder le débat sur notre rapport aux écrans.
Traiter les risques mérite tellement mieux qu’une approche manichéenne et hors-sol de l’espace numérique dont les usages sont aussi nombreux que les usagers. https://t.co/8YMCHCvxcA
— Marina Ferrari (@Marina_Ferrari) March 18, 2024
Au-delà de son aspect liberticide, la restriction légale de la consommation Internet des particuliers pose aussi d’évidentes questions techniques. Comment être certains que la loi sera respectée, alors qu’il suffira probablement d’un VPN pour contourner les interdictions ? De plus, il sera aussi nécessaire de différencier les usages professionnels et personnels d’Internet, en créant des dérogations pour les personnes qui travaillent toute la journée sur le web. Aussitôt amorcé, le débat a rapidement été rejeté par le gouvernement. Sur son compte X/Twitter, Marina Ferrari, l’actuelle secrétaire d’État chargée du Numérique a notamment estimé qu’il s’agissait “probablement la pire manière d’aborder le débat sur notre rapport aux écrans“. Le ton est donné.
Derrière la polémique, un débat nécessaire
La proposition de Najat Vallaud-Belkacem est sans conteste impossible à réaliser, au moins à l’heure actuelle. Reste que derrière les récupération politiques et les polémiques, l’idée de l’ancienne ministre ouvre (peut-être) la voie à un débat de fond nécessaire. D’abord sur l’addiction aux écrans, aussi appelée nomophobie un phénomène bien réel qui touche les jeunes, mais aussi les adultes. En Chine, des restrictions légales existent déjà, mais l’idée d’une action gouvernementale similaire en France semble peu probable, pour ne pas dire absolument impossible.
Aussi, et c’est sûrement le sujet principal du débat ouvert cette semaine par la femme politique, la pollution liée à notre usage du numérique est exponentielle. Selon le think tank The Shift Project, la consommation de streaming vidéo (VOD, pornographie, YouTube, réseaux sociaux) émettrait près de 1% des émissions mondiales de CO₂. Sans compter la consommation de streaming musical, les mails, le stockage de fichiers cloud, ou encore les jeux vidéo en ligne. Ainsi, chaque mail envoyé pèse lourd sur la balance énergétique, avec un équivalent CO₂ estimé entre 0.3 et 11 grammes en fonction de sa taille et de sa pièce jointe. Poids auquel il faudra encore ajouter le stockage sur la boîte mail.
Des solutions existent, mais elles seront inévitablement complexes et impopulaires à mettre en place. “Oui, cela demande un vrai courage. Ce courage que nous avons oublié, à force de signer des pétitions en ligne, à force de poster des commentaires et de nous indigner sur des tweets“, reconnaît Najat Vallaud-Belkacem. “Nombreuses sont les voix qui vont s’élever contre cette proposition, à commencer par la nôtre, par la mienne, au fond de moi, au moment même où j’écris ces lignes. Mais nous avons perdu trop de temps déjà, pour en perdre davantage. Il y a une urgence numérique comme il y a une urgence climatique. (…) fermer les yeux n’y changera rien. C’est bien l’écran qu’il nous faut éteindre“.