Offert par l’Égypte à la France en 1830 et installé en 1836, l’obélisque vieux de 3.300 ans suscite depuis toujours la curiosité des passants et des passionnés d’histoire. Mais grâce à Jean-Guillaume Olette-Pelletier, spécialiste des cryptohiéroglyphes à l’Université catholique de Paris, on sait désormais qu’il recèle des inscriptions invisibles à l’œil non averti.
Des hiéroglyphes secrets visibles seulement sous un certain angle
C’est en 2021, lors de travaux de restauration qui ont entouré l’obélisque d’échafaudages, que l’égyptologue a pu examiner de près ses parties les plus hautes, tout près de la pointe dorée. En observant les hiéroglyphes non plus verticalement, comme il est d’usage, mais horizontalement, il a repéré plusieurs inscriptions inédites, dissimulées dans les motifs.
« Les gens n’avaient pas remarqué qu’il y avait une table d’offrande sous l’un des dessins du dieu Amon», explique Jean-Guillaume Olette-Pelletier. Cette table révèle une phrase complète : une offrande faite par le roi au dieu Amon, sans aucun élément manquant.
La particularité de ces inscriptions est qu’elles utilisent une technique appelée « cryptographie tridimensionnelle ». Pour comprendre leur signification, il faut se déplacer autour du monument. Ce n’est qu’en combinant les différentes faces et en observant sous un angle précis – supérieur à 45 degrés – que le message complet apparaît : la glorification du pharaon Ramsès II.
Certaines de ces inscriptions étaient destinées aux voyageurs arrivant par bateau sur le Nil, lorsque l’obélisque était encore en Égypte, à l’entrée du temple d’Amon à Louxor. Elles servaient à rappeler, à ceux qui approchaient, que Ramsès II régnait en maître sur l’Égypte. « Ici, c’est bien Ramsès II qui dirige l’Égypte », résume Guillaume Olette-Pelletier.
Les messages mettent en avant la puissance du pharaon, ses victoires militaires, sa longévité exceptionnelle et son rôle d’intermédiaire capable d’apaiser les dieux. Ils s’inspirent de jeux de mots subtils trouvés dans les textes sacrés sur papyrus de l’époque.
Cette découverte rappelle que même les monuments les plus célèbres peuvent encore surprendre. L’obélisque, qui semblait déjà bien connu, confirme l’incroyable habileté des anciens Égyptiens dans l’art de dissimuler des messages de… propagande !
Jean-Guillaume Olette-Pelletier prévoit de publier le détail de ses recherches dans la revue spécialisée ENiM (Égypte du Nil et de la Méditerranée). En attendant, son travail permet de porter un nouveau regard sur ce monument parisien – et sur l’ingéniosité de ceux qui l’ont érigé il y a plus de trois millénaires.
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