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Pourquoi le Dark Vador de Fortnite pose problème ?

Le syndicat américain SAG-AFTRA porte plainte contre Llama Productions, filiale d’Epic Games, pour “pratique déloyale”.

Les célébrations du May the 4th sur Fortnite ont tourné vinaigre. Pour cette journée consacrée à la saga Star Wars, le battle royal avait offert à ses utilisateurs l’opportunité de discuter avec Dark Vador en personne. En personne ? Pas vraiment puisque l’outil était alimenté par l’intelligence artificielle. C’est à partir de la voix de James Earl Jones, décédé en 2024, que l’outil a été imaginé. Un usage autorisé par la famille du comédien de doublage, mais qui n’a pas fait l’objet d’une validation par le syndicat des acteurs et actrices d’Hollywood. La SAG-AFTRA porte ainsi plainte contre Llama Productions, filiale d’Epic Games, pour “pratique déloyale”. 

Dans un communiqué publié le 19 mai dernier, l’organisme qui représente 160 000 acteurs aux États-Unis, explique vouloir  “protéger notre droit de négocier les conditions d’utilisation de la voix (…) y compris de ceux qui reproduisent le rythme et le timbre emblématiques de Dark Vador dans les jeux vidéo”. Le syndicat ajoute que l’entreprise a choisi de remplacer le travail d’artistes humains sans “négocier des conditions appropriées”. 

À noter que l’outil a de plus rapidement été tourné en dérision, de nombreuses vidéos montrant l’IA proférant des injures ont été publiées sur les réseaux sociaux. Une utilisation du personnage que les détenteurs des droits du personnage pourraient ne voir d’un très bon oeil. Ce n’est néanmoins pas vraiment ce qui inquiète la SAG-AFTRA.

Une absence de négociation qui ne passe pas

Depuis la grève des acteurs et des scénaristes, la SAG-AFTRA impose aux géants de l’industrie cinématographique, télévisuelle et vidéoludique de faire une demande préalable à l’utilisation de l’IA pour reproduire la voix ou l’apparence d’un acteur. Il est prévu que des discussions soient menées pour définir les contours de l’usage de l’image de la personne concernée. C’est souvent à cette occasion que la rémunération des comédiens, dont l’image et la voix est exploitée est négociée. Dans sa plainte, la SAG-AFTRA avance que Llama Productions a ignoré ses sollicitations.

“Au cours des six derniers mois, l’employeur, par l’intermédiaire de ses agents et représentants, a échoué et refusé de négocier de bonne foi avec le syndicat en apportant des modifications unilatérales aux conditions d’emploi”. 

La plainte a été déposée auprès du Conseil national des relations du travail. Il s’agit d’une organisation indépendante du gouvernement américain qui est chargée de veiller au bon respect du droit syndical. Elle enquête sur les pratiques illégales au sein des entreprises et en matière de droit du travail. Pour l’heure, rien ne permet de dire si la plainte de la SAG-AFTRA va aboutir. Le syndicat espère sans doute faire du cas Fortnite un exemple, alors que les inquiétudes du secteur du doublage sont grandissantes aux États-Unis comme en France.

Un secteur en crise ?

Dans l’Hexagone, de nombreux professionnels ont signé une pétition a été créée. Elle veut inciter le ministère de la Culture à s’emparer de ce sujet qui représente “un danger” pour les comédiens de doublage en France.

“Nous risquons d’être parmi les premier·es à être remplacé·es, à très court terme, par les outils de l’intelligence artificielle générative (IAG), capables de traduire, cloner, synthétiser des textes, des voix, des interprétations et des émotions avec une similitude étonnante.”

Récemment, l’usage de la voix d’Alain Dorval, connu pour avoir doublé Sylvester Stallone, avait suscité une levée de boucliers dans l’Hexagone. L’entreprise Eleven Labs avait obtenu l’accord des proches de l’acteur décédé pour mener des expériences, mais un extrait avait été publié sans leur autorisation. Sa fille, Aurore Bergé, s’était indignée de telles pratiques. En mars, c’est la voix française de Robert De Niro, Jacques Frantz, qui était reproduite pour lire des livres sur YouTube.

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