Deux scientifiques venus de Chine sont dans le viseur de la justice américaine. Le duo aurait tenté de faire entrer clandestinement sur le territoire américain un échantillon biologique contenant l’ADN du Fusarium graminearum. Ce champignon microscopique est à l’origine de la fusariose de l’épi (« Fusarium head blight » ou FHB), une maladie qui affecte des cultures majeures comme le blé, l’orge, le maïs ou encore le riz.
Un champignon destructeur importé sans autorisation
Selon l’accusation, les chercheurs étaient pleinement conscients des restrictions liées à cette matière biologique et auraient dissimulé l’échantillon dans une boîte de mouchoirs lors de leur arrivée aux États-Unis, à l’été 2023. Aucune preuve ne montre que les deux chercheurs comptaient répandre le champignon hors d’un cadre de laboratoire. Mais ils sont néanmoins poursuivis pour conspiration, fausses déclarations, fraude au visa et introduction illégale de matière réglementée.
Le Fusarium graminearum est strictement encadré par le ministère américain de l’Agriculture (USDA), qui impose un permis d’importation spécifique. Aucun des deux chercheurs n’avait déposé de demande auprès des autorités compétentes.
L’impact potentiel du Fusarium graminearum sur l’agriculture américaine est loin d’être anodin. Cette moisissure peut détruire une récolte prometteuse en quelques semaines, notamment si le temps est humide au moment de la floraison des plantes. Le champignon colonise alors les épis, entraînant une perte de grains et une contamination par des mycotoxines.
Ces toxines, comme le deoxynivalénol (ou DON, surnommé « vomitoxine »), peuvent provoquer des troubles digestifs chez l’humain (nausées, vomissements) et des effets plus graves en cas d’exposition chronique : affaiblissement du système immunitaire, désordres neurologiques, etc. Chez les animaux, elles entraînent un refus d’alimentation, des diarrhées, des lésions ou encore des hémorragies.
L’industrie agroalimentaire américaine est très vigilante : les brasseurs, par exemple, refusent systématiquement les lots contenant la moindre trace de vomitoxine. Et même si les procédés de cuisson ou de mouture permettent de réduire ces résidus, l’enjeu reste sérieux.
Autre préoccupation : la résistance croissante de certaines souches de Fusarium aux fongicides. Cela complique les stratégies de traitement et encourage la recherche de nouvelles substances actives ou de variétés de blé plus résistantes. Comme le rappelle Gary Bergstrom, professeur à Cornell, il n’existe pas de solution miracle. Seule une gestion intégrée — combinant variétés tolérantes, pratiques agricoles adaptées et traitements ciblés — permet de limiter les dégâts.
Si Gary Bergstrom se veut rassurant sur le potentiel d’utilisation du champignon à des fins malveillantes, il admet que des mutations imprévues, comme une résistance accrue aux traitements, pourraient poser un sérieux problème. D’où l’importance de réguler strictement son importation.
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