Cette interdiction, saluée comme une victoire politique et sociétale, a de quoi réjouir. Depuis quelques jours sur TikTok, la trend #SkinnyTok a été bannie. Plus qu’un simple hashtag, le mouvement dénoncé par les autorités européennes et plusieurs collectifs de victimes, promeut, depuis déjà plusieurs mois, des régimes extrêmes, des corps émaciés et des conseils dangereux, principalement à destination des adolescentes. L’initiative ne sort pas de nulle part, et s’inscrit dans une tendance de fond. Après avoir fait la promotion du BBL, la tendance est à la maigreur.
Les autorités françaises, par la voix de la ministre du Numérique Clara Chappaz, ont multiplié les alertes, jusqu’à obtenir le retrait du hashtag à l’échelle mondiale. Les utilisateurs cherchant désormais #SkinnyTok sont redirigés vers des messages de prévention et des ressources d’aide, un dispositif déjà appliqué à d’autres mots-clés sensibles. Cette décision intervient alors que la Commission européenne enquête sur l’algorithme de TikTok et sa responsabilité dans la diffusion de contenus à risque pour les mineurs. Les régulateurs européens, tout comme les associations de familles, dénoncent l’incapacité des plateformes à endiguer la propagation de ces contenus, malgré les signalements répétés.
Une efficacité très limitée
Si le bannissement de #SkinnyTok fait date, son efficacité réelle est largement contestée. En réalité, les contenus problématiques n’ont pas disparu : ils migrent vers d’autres hashtags, variantes orthographiques ou nouveaux codes, comme #Skinny, #Thinspo ou #Bonespo, échappant ainsi à la modération automatisée. Cette adaptation du langage est une constante des communautés en ligne, qui savent contourner les interdictions et reformuler leurs discours pour survivre à la censure. À l’époque des skyblogs, les contenus faisant l’apologie de la boulimie et de l’anorexie avaient déjà misé sur des techniques de contournement similaires.
L’algorithme de TikTok, quant à lui, continue de recommander des contenus similaires à ceux déjà visionnés, créant une boucle de rétroaction qui expose toujours les jeunes à des modèles de minceur extrême et à des conseils dangereux. Aussi, la glorification de la minceur extrême ne se limite pas à TikTok. La mode, la publicité et les médias traditionnels continuent de valoriser des corps ultra-minces.
Il faut aussi rappeler que des forums pro-ana et des communautés en ligne liées aux troubles alimentaires ne se limite pas à faire la promotion des troubles du comportement alimentaire. Si ces espaces peuvent conduire à une radicalisation des discours, les communautés en ligne servent parfois d’espaces d’entraide, où les internautes partagent leurs progrès.
Le bannissement de #SkinnyTok est indéniablement une victoire symbolique pour les associations et les familles mobilisées. Mais il ne s’attaque qu’à la surface d’un problème systémique : tant que la société continuera à glorifier la minceur extrême et le contrôle du corps des femmes, les jeunes trouveront toujours de nouveaux codes et de nouveaux espaces pour s’exprimer.
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