La Commission européenne a publié le 23 mai dernier, une nouvelle édition de sa Counterfeit and Piracy Watch List. Un document de plusieurs dizaines de pages dans lequel Bruxelles pointe nommément 52 services jugés facilitateurs de contenus piratés ou de contrefaçons.
Dans le viseur : des plateformes d’IPTV illégale, des hébergeurs dits “tolérants”, mais aussi des acteurs plus techniques comme des registres de noms de domaine anonymes ou des protocoles décentralisés qui compliquent la tâche des autorités. Une stratégie qui se veut avant tout dissuasive et diplomatique, car cette liste n’a aucune force juridique immédiate. Elle vise surtout à exercer une pression sur les fournisseurs d’accès, les hébergeurs et les intermédiaires techniques pour qu’ils coopèrent davantage face à l’explosion du piratage.
IPTV : plus que jamais dans le collimateur des autorités
Depuis quelques années, l’IPTV illégale s’est imposée comme la star du piratage audiovisuel. Avec quelques dizaines d’euros par an, il est possible d’accéder à des milliers de chaînes, des événements sportifs premium et des films récents, sans passer par la case abonnement officiel. Des plateformes comme GenIPTV, Dark IPTV, BIPTV.best, BestBuyIPTV.store ou encore TheKing365TV sont citées dans le rapport.
Toutes promettent une offre pléthorique, souvent en contournant les contrôles grâce à des applications comme IPTV Smarters. Dans sa note, Bruxelles accuse ces services de générer d’importants revenus publicitaires ou d’abonnements tout en privant les ayants droit de millions d’euros. Les chaînes sportives et les studios de cinéma figurent parmi les plus impactés.
Des hébergeurs et services complices
Mais le rapport ne s’arrête pas aux vitrines visibles du piratage puisqu’il cible également des acteurs moins connus du grand public, mais jugés tout aussi centraux dans la mécanique : des hébergeurs dits “bulletproof” ou “no-log”, qui ferment les yeux sur le contenu stocké par leurs clients.
Des noms comme ISTQ, Virtual Systems, Private Layer ou encore Flokinet reviennent régulièrement dans les affaires de sites pirates. À cela s’ajoutent des registres de noms de domaine qui protègent l’anonymat de leurs clients, à l’image de Njalla, fondé par un ancien de The Pirate Bay.
Les autorités estiment que ces services offrent un écosystème favorable aux sites pirates pour se relocaliser rapidement après un blocage ou une fermeture.
La liste pointe enfin du doigt des technologies elles-mêmes, et notamment IPFS (InterPlanetary File System), un protocole décentralisé qui permet de partager des fichiers sans passer par un serveur centralisé. Utilisé au départ pour garantir la résilience de certains sites web, IPFS est aussi détourné pour héberger des bibliothèques pirates comme Z‑Library ou LibGen, très prisées des étudiants et amateurs de livres numériques.
Pour Bruxelles, ces outils ne sont pas illégaux en soi, mais deviennent problématiques lorsqu’ils servent à contourner les blocages DNS ou les fermetures de sites imposés par les tribunaux.
Une liste symbolique sous surveillance
À ce stade, cette liste noire n’a pas de valeur contraignante car aucun site n’est bloqué automatiquement du seul fait d’y figurer. Mais elle reste un outil de pression : les gouvernements, les fournisseurs d’accès et les hébergeurs sont invités à coopérer pour couper l’accès ou le financement de ces services.
Pour l’Union européenne, l’objectif est double : tarir les revenus générés par le piratage et renforcer la coopération avec les plateformes intermédiaires. Une approche qui pourrait à terme rebattre les cartes pour de nombreux petits revendeurs d’abonnements IPTV, dont le succès repose en grande partie sur la zone grise technique que ces acteurs entretiennent.
Derrière cette publication, se dessine aussi un débat de fond : jusqu’où faire peser la responsabilité sur les acteurs techniques, du fournisseur d’accès au registrar en passant par l’hébergeur ? Plusieurs États membres plaident déjà pour durcir les obligations, notamment en matière de retrait rapide des contenus illégaux ou de blocage DNS plus automatisé.
Le jeu du chat et de la souris entre pirates et autorités est loin d’être terminé !
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