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Une PME belge veut éliminer les « polluants éternels » dans les sols

Installée en périphérie de Bruxelles, la société Haemers Technologies affirme avoir mis au point une méthode capable de détruire les PFAS, ces substances chimiques très persistantes dans l’environnement. Un marché colossal s’ouvre pour cette promesse de dépollution rapide, efficace et sans résidus.

À la tête de Haemers Technologies, l’ingénieur belge Jan Haemers affirme avoir trouvé une solution concrète pour s’attaquer aux PFAS, surnommés « polluants éternels » pour leur résistance aux traitements classiques. Utilisés dans toutes sortes de produits (textiles, mousses anti-incendie, emballages, etc.), ces composés se retrouvent dans les sols, l’eau potable et jusqu’au cœur de la chaîne alimentaire.

Un procédé thermique qui va jusqu’au bout du bout

La méthode de Haemers repose sur une double montée en température. Le sol contaminé est d’abord chauffé à 350°C, ce qui permet aux PFAS de s’évaporer. Ces vapeurs sont ensuite captées dans un circuit fermé et portées à 1.400°C, une température suffisante pour briser les liaisons chimiques particulièrement tenaces de ces substances. Résultat : plus de résidus détectables, et un sol propre, y compris pour un usage agricole.

Le système est gourmand en énergie mais plus rapide que ses concurrents, qui se contentent de chauffer le sol électriquement sans détruire les molécules. En 12 jours, le traitement est terminé, contre deux mois ailleurs, affirme Jan Haemers au Monde. Et au final, la consommation énergétique par tonne de sol est inférieure : 300 kWh contre 360. Selon le carburant utilisé, les émissions de CO₂ varient fortement — de 65 kg par tonne avec du propane à seulement 10 kg avec du biogaz.

L’entreprise belge a déjà mené plusieurs essais à l’international. En retour de mission, un conteneur bleu de traitement vient de rentrer du Danemark, où les autorités ont autorisé deux expérimentations sur 35 tonnes de terre polluée. Verdict : taux de PFAS indétectables, le tout validé par une expertise indépendante. « Le sol est désormais réutilisable, même pour des cultures », se félicite l’ingénieur.

Ce succès attire l’attention, notamment dans des pays très exposés comme les États-Unis, où la société a ouvert une filiale dès 2021. Elle vise en priorité les aéroports, les sites industriels et les bases militaires, souvent très touchés par la pollution au PFAS. À terme, l’entreprise compte créer une usine en Wallonie et déployer des unités de traitement dans une vingtaine de pays avec des partenaires locaux.

L’enjeu est de taille : selon Forever Lobbying (un projet journalistique), le coût de la décontamination en Europe pourrait atteindre 2.000 milliards d’euros sur vingt ans. Et l’exposition est bien réelle : une étude publiée en juin par l’ONG Générations futures montre que 70 % des poissons, 39 % des œufs, 23 % du lait et 14 % de la viande analysés dans quatre pays européens contenaient au moins un des quatre PFAS actuellement réglementés.

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Source : Le Monde

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