Le 22 juillet 2025, Steam, principal acteur de la vente de jeux vidéo sur PC, a déclenché une onde de choc en annonçant la disparition de plus de 27 000 titres de son catalogue. Sont notamment visés des jeux pornographiques, dont certains mettent en scène des relations incestueuses, violentes ou illicites. Derrière cette mesure radicale, la plateforme invoque la nécessité de se conformer “aux règles établies par les gestionnaires de paiement et les réseaux de cartes et de banques associées”, mais Visa dément toute implication.
Une censure historique, mais pas totalement inédite
Si Steam avait déjà opéré quelques retraits ponctuels par le passé, jamais une telle vague de censure n’avait été observée. Entre la volonté de maintenir un espace de création libre et la pression croissante des opérateurs financiers mondiaux, Steam a rapidement fait son choix. S’en est logiquement suivi une véritable levée de boucliers sur les réseaux sociaux. Les internautes ont rapidement pointé du doigt les principaux gestionnaires de paiement, Visa en tête, accusant ces derniers d’imposer une censure sous couvert de moralité ou de conformité aux standards bancaires.
Il faut dire que ce ne serait pas la première fois qu’un prestataire de paiement fait pression au sujet de la sexualité. La grande majorité des travailleurs et des travailleuses du sexe sont confrontés au refus des établissements bancaires, qu’il s’agisse d’ouvrir un compte, de contracter un prêt ou de gérer leur entreprise. OnlyFans a, pendant un temps, été contraint de bannir les contenus sexuellement explicites de sa plateforme pour éviter la fuite de ses partenaires financiers. Il y a deux ans, c’est la plateforme Utip qui avait été contrainte de mettre la clé sous la porte, après l’annonce de la fin de contrat qui la liait à son prestataire de paiement MangoPay : une décision prise à l’unilatérale et infusée de discours anti-pornographie. Encore quelques années plus tôt, c’est Pornhub qui avait fait les frais de cette censure à double vitesse, alors que Mastercard et Visa avaient décidé de retirer le support de leurs cartes de paiement du site.
Visa dément
De son côté, Visa a formellement démenti toute intervention directe, rappelant qu’elle ne fait que suivre “les lois et régulations partout où elle opère” et se contente de refuser les transactions expressément illégales. L’affaire ne se limite toutefois pas à une opposition binaire entre créateurs et réseaux bancaires. D’importantes associations militantes, comme l’ONG australienne Collective Shout et des groupes religieux américains, revendiquent publiquement la paternité des pressions exercées sur Steam et les réseaux de paiement afin d’endiguer la “propagation culturelle de la pornographie“.
Une culture numérique sous contrôle financier
Les prestataires financiers, qu’il s’agisse de Visa, Mastercard, ou des autres, ne sont pas que de simples intermédiaires techniques : ils détiennent implicitement un droit de regard sur l’offre culturelle, notamment celle qui transite sur les plateformes comme Steam. La question centrale demeure alors : qui fixe les limites de la liberté de création ?
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