Le drame survenu le 19 août 2025 autour de Jean Pormanove, streameur de 46 ans mort en plein direct après plusieurs jours d’humiliation organisée sur Kick, a secoué Internet jusque dans les hautes sphères de l’État. Restée silencieuse pendant près de 48 heures, l’Arcom a finalement confirmé qu’un échange avec la plateforme de diffusion serait organisé “dans les prochains jours”.
Kick va devoir rendre des comptes, l’Arcom aussi
Si l’autorité française dit avoir agi rapidement, son premier constat est amer : Kick n’a longtemps eu aucun représentant légal en Europe. Contrairement aux exigences du Digital Services Act (DSA), règlement communautaire entré en vigueur début 2024, la plateforme n’avait établi ni point de contact officiel ni responsable juridique sur le continent. Faute d’interlocuteur direct, l’Arcom a dû se tourner vers ses homologues allemands, qui avaient déjà rappelé à Kick ses obligations en janvier 2025.
Depuis peu, Kick a désigné un représentant basé à Malte. C’est par ce biais que l’Arcom a enfin pu demander communication des signalements et plaintes antérieurement déposés concernant la chaîne de Jean Pormanove.
La modération au cœur des accusations
La mort de Jean Pormanove a révélé au grand public ce que chercheurs et associations pointaient depuis plusieurs mois : la faiblesse, voire l’absence, de modération sur Kick. Pourtant, ce n’est pas vraiment une surprise : lancée en opposition frontale à Twitch, la plateforme revendiquait justement une liberté d’expression totale.
C’est précisément cette liberté, synonyme d’absence de modération qui est pointée du doigt dans l’affaire Jean Pormanove. Pendant dix jours, le streamer français a participé à une diffusion continue, ponctuée d’humiliations. Cette mise en scène, suivie par des milliers d’internautes, s’est transformée en spectacle malsain, sans intervention de la part de la plateforme.
Un échange à venir
Le cas Pormanove pourrait constituer un précédent. En mettant en lumière l’impuissance des régulateurs, l’affaire pourrait pousser la France et l’Union européenne à envisager des sanctions plus rapides et des mécanismes de coopération renforcés. Les plateformes de streaming, longtemps considérées comme des zones grises par rapport aux réseaux sociaux classiques et aux chaînes télé, sont désormais dans le viseur.
C’est quoi le DSA ?
Adopté en 2022 et pleinement entré en vigueur depuis février 2024, le Digital Services Act (DSA) constitue le socle réglementaire européen pour encadrer les plateformes numériques. Parmi ses exigences-clé, on retrouve :
- L’obligation d’un représentant légal en Europe : toute plateforme étrangère visant les utilisateurs européens doit désigner un interlocuteur légal dans l’Union européenne. C’est par ce canal que les régulateurs comme l’Arcom peuvent adresser des injonctions ou vérifier les politiques de contenu.
- Obligations renforcées pour les très grandes plateformes : les services dépassant 45 millions d’utilisateurs mensuels doivent évaluer les risques liés à leurs algorithmes et à la diffusion de contenus nocifs. Ils doivent également donner accès à leurs données aux chercheurs et aux autorités.
- Un vrai système de signalement et de modération : les plateformes doivent mettre en place des mécanismes transparents de signalement des contenus illégaux. Le refus de se conformer peut exposer à des sanctions financières allant jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial.
En théorie, le cadre est robuste. En pratique, son application est encore loin d’être optimale.
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