La voiture électrique incarne la transition énergétique et la sortie progressive des carburants fossiles. Mais derrière l’image “zéro émission”, une nouvelle alerte scientifique vient assombrir le tableau. Selon une étude publiée récemment par la Fielding School of Public Health de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), les bornes de recharge rapide dégageraient des niveaux inquiétants de particules fines, dépassant parfois les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Des niveaux comparables, voire supérieurs, aux stations-service
L’étude, menée sur plusieurs sites de recharge rapide (DCFC) en Californie, révèle que les concentrations de particules fines PM2,5 atteignent en moyenne 15 µg/m³ à proximité des bornes. C’est plus qu’aux stations-service classiques, mesurées à 12 µg/m³, et bien au-dessus des niveaux relevés dans l’air urbain ambiant, généralement autour de 7 à 8 µg/m³.
Le constat devient alarmant lorsqu’on observe les pics mesurés : certaines bornes affichent des concentrations ponctuelles dépassant les 200 µg/m³, soit plusieurs dizaines de fois les seuils recommandés par l’OMS (15 µg/m³ sur 24 h et 5 µg/m³ en moyenne annuelle).

Mais contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas directement d’émissions issues des véhicules. Les chercheurs pointent plutôt les ventilateurs des armoires électriques, indispensables à la conversion du courant continu pour la recharge rapide. Ces systèmes brasseraient la poussière ambiante et remettraient en suspension des particules, créant un environnement ponctuellement plus pollué que celui d’une station-service.
Quels risques pour la santé ?
Les PM2,5 sont considérées comme les plus dangereuses des particules atmosphériques. Leur taille microscopique leur permet de pénétrer profondément dans les poumons et même de passer dans le sang. Elles sont associées à une augmentation des maladies respiratoires, cardiovasculaires et à une hausse de la mortalité prématurée.
Pour les chercheurs de l’UCLA, le danger est réel, mais il reste localisé et temporaire. Les concentrations chutent dès que l’on s’éloigne de quelques mètres de la borne. Le principal risque concerne donc les usagers qui patientent à proximité, les livreurs ou chauffeurs effectuant des charges fréquentes, et les riverains vivant près de zones de recharge très fréquentées.
Cependant, ces données sont a relativiser car elles ont rapidement été reprises sous des titres chocs affirmant notamment que “46 % des bornes dépasseraient les seuils de l’OMS”. Or, ce chiffre n’apparaît dans aucune publication scientifique officielle et semble relever davantage d’une interprétation médiatique que d’un constat validé par les chercheurs. En l’état, l’étude UCLA confirme l’existence d’un phénomène préoccupant, mais elle ne permet pas de conclure à une proportion précise de bornes concernées ni à une généralisation à l’échelle mondiale.
Quelles solutions envisager ?
Face à ce constat, plusieurs pistes émergent :
- Installer des filtres sur les systèmes de ventilation des armoires électriques pour réduire la remise en suspension des poussières.
- Aménager les zones de recharge de façon à limiter l’exposition des usagers, en évitant les espaces clos et en favorisant une bonne circulation de l’air.
- Informer les conducteurs : rester dans son véhicule, climatisation activée, ou s’éloigner pendant la recharge permet de réduire nettement l’exposition.
Cette étude rappelle que la transition énergétique ne se résume pas à remplacer une technologie par une autre. L’électrification massive des transports, présentée comme une réponse aux enjeux climatiques, doit être pensée dans sa globalité : infrastructures, matériaux, émissions indirectes et impacts sanitaires. Aujourd’hui, l’électromobilité reste globalement moins nocive que les carburants fossiles en matière d’émissions de CO₂ et de polluants atmosphériques.
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