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Antitrust : Google échappe de peu à la cession de Chrome

Condamné pour abus de position dominante, le géant californien n’a pas été contraint par la justice américaine de vendre son navigateur Chrome. Il devra en revanche partager certaines données de recherche et renoncer à ses contrats d’exclusivité.

Le feuilleton judiciaire qui opposait depuis 2020 Google au Département de la Justice américain a connu son épilogue ce 2 septembre 2025. Un juge fédéral de Washington a confirmé la condamnation de la firme de Mountain View pour abus de position dominante sur le marché de la recherche en ligne. Google échappe cependant à l’une des sanctions que l’entreprise redoutait le plus : la cession forcée de Chrome, son navigateur phare, utilisé par près de deux tiers des internautes dans le monde.

Une victoire relative pour Google

Depuis août 2024, la culpabilité de Google ne faisait plus de doute : la justice avait établi que l’entreprise avait maintenu illégalement son monopole via des accords d’exclusivité conclus avec des partenaires stratégiques, souvent à coups de milliards de dollars annuels. Plusieurs analystes avaient jugé qu’une scission du groupe, via la séparation de Chrome, constituerait une issue crédible. Des investisseurs s’étaient même publiquement positionnés pour un éventuel rachat. Mais le juge a rejeté cette option, estimant qu’une telle cession serait “extrêmement compliquée et très risquée“, pouvant entraîner des conséquences lourdes pour les marchés numériques et, en bout de course, pour les consommateurs.

La décision judiciaire, si elle va dans le sens de Google, impose néanmoins plusieurs garde-fous. L’entreprise devra mettre fin à ses contrats d’exclusivité à l’avenir, interdisant toute clause empêchant ses partenaires – comme Apple avec Safari par exemple – de proposer d’autres moteurs de recherche concurrents.

Surtout, Google est contraint de partager une partie de son actif le plus stratégique : les données issues de son index de recherche. Celles-ci devront être mises à disposition de la concurrence pour une période de cinq ans, dans le but de leur permettre d’améliorer leurs algorithmes et d’offrir une alternative crédible aux internautes. Cette ouverture ne concerne pas les données publicitaires, cœur du modèle économique du groupe, mais constitue un précédent majeur dans l’histoire des régulations antitrust.

Un équilibre délicat

Pour le juge, cette solution entend sanctionner le comportement anticoncurrentiel du géant californien sans mettre en péril l’écosystème numérique mondial. Imposer une séparation de Chrome risquait de perturber profondément l’innovation, la distribution des services numériques et les usages des consommateurs. En revanche, la limitation des exclusivités et l’ouverture partielle des données devraient, selon le tribunal, redynamiser la concurrence sur le marché de la recherche en ligne.

Une bataille judiciaire loin d’être terminée

Malgré ce revers, Google n’entend pas s’avouer vaincu. La firme a annoncé son intention de faire appel, estimant que la décision “punit des partenariats légitimes” tout en introduisant des obligations aux contours encore flous. Sur les marchés financiers, les investisseurs ont interprété favorablement l’absence de cession forcée : l’action Alphabet a bondi de 7% à Wall Street dans la foulée du jugement.

Avec son appel, Google espère obtenir un assouplissement des contraintes imposées. Mais cette décision marque déjà un tournant historique : pour la première fois, la justice américaine contraint le leader mondial de la recherche en ligne à partager son principal actif, ouvrant la voie à une redistribution des cartes sur un marché que l’entreprise domine depuis plus de quinze ans.

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