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Interdiction aux moins de 15 ans, “négligence numérique” et couvre-feu… la France veut frapper fort sur TikTok

La commission d’enquête parlementaire française sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs a rendu un rapport d’une rare sévérité cette semaine.

Résultat de six mois de travaux, d’auditions de 178 experts et témoins, et de plus de 30 000 réponses à une consultation publique, ce rapport inédit sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs veut proposer ue refonte radicale de l’approche de la régulation des réseaux sociaux, aussi bien pour contrer les dérives de TikTok que pour repenser globalement la place du numérique en France.

TikTok en ligne de mire

Dans l’œil du cyclone, c’est la plateforme TikTok qui est visée. “C’est une entreprise qui se fiche de la santé mentale de nos jeunes“, détaille la députée Laure Miller à nos confrères de Le Monde. “Hors la loi“,  “multirécidiviste”, “cancre”… le rapport publié il y a quelques heures n’y va pas de main morte lorsqu’il s’agit d’accabler le réseau social le plus populaire du monde. À travers ses algorithmes de recommandation et ses dispositifs d’hyper-captation de l’attention, TikTok exposerait, “en toute connaissance de cause“, les enfants et adolescents à des contenus dangereux, toxiques et addictifs. Malgré la communication régulière de l’entreprise autour de la santé mentale des jeunes, le rapport souligne, à l’inverse, le manque d’efforts de la plateforme pour limiter cette exposition.

Pour le président de la commission, Arthur Delaporte, TikTok aurait sciemment alimenté les phénomènes de dépendance numérique, de sédentarité, de nuit écourtée et même de fragilisation psychologique chez les jeunes. Le rapport relève aussi la forte corrélation entre l’usage intensif des réseaux sociaux et la dégradation de la santé mentale des mineurs, l’effet se révélant encore plus grave chez les jeunes filles, régulièrement exposées à des contenus faisant l’apologie de la maigreur et des troubles du comportement alimentaire.

Des chiffres issus d’une enquête nationale cités dans le rapport donnent la mesure du phénomène : 70% des mineurs passent plus de trois heures par jour sur leur téléphone, et 72% des 16-18 ans consultent TikTok quotidiennement. Le rapport rappelle aussi l’existence de précédents judiciaires : onze familles françaises ont déjà attaqué TikTok pour recommandation de contenus relatifs au suicide, à l’automutilation ou aux troubles alimentaires.

Vers une refonte globale à l’échelle européenne ?

Parmi les 43 recommandations formulées dans le rapport, on retrouve certaines mesures inédites à échelle européenne. La commission préconise tout d’abord l’interdiction effective de l’accès à l’ensemble des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, assortie d’un couvre-feu numérique pour les 15-18 ans, avec interdiction d’accès entre 22h et 8h, ainsi qu’une interdiction du portable dans les lycées, faisant suite à ce qui a déjà été acté dans certains collèges.

La commission ne se limite pas aux seules préconisations. Elle insiste aussi sur le renforcement de la modération. Les réseaux sociaux doivent engager plus de modérateurs humains, et assurer une vérification stricte de l’âge des utilisateurs, tout en limitant des fonctionnalités à risque, comme le scroll infini, et les dons monétisés assimilés à des jeux d’argent. Le rapport propose aussi de donner à l’utilisateur la possibilité de paramétrer son propre algorithme de manière plus transparente.

Parallèlement, le texte préconise de revoir la qualification juridique de ces plateformes. Aujourd’hui simples hébergeurs, TikTok et consorts pourraient bientôt migrer vers un statut d’éditeurs, ce qui impliquerait une plus grande responsabilité sur le contenu publié.

Une réflexion globale

Au-delà de TikTok, la commission alerte sur la nécessité de repenser la place du numérique à l’école et dans la vie des jeunes. Elle appelle à limiter strictement l’usage des outils connectés en milieu scolaire, à imposer des pauses numériques prolongées, mais aussi à faire évoluer la parentalité à l’ère numérique. Un projet de “délit de négligence numérique” pour les parents laxistes pourrait être mis à l’étude dans un horizon de trois ans.

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