X, le réseau social racheté par Elon Musk en 2022 alors qu’il s’appelait encore Twitter, se dirige vers une transformation radicale. Dans un post récent, le magnat a annoncé que l’algorithme conventionnel de la plateforme allait être mis à la retraite pour laisser la place à un système 100 % basé sur l’IA – une première parmi les principaux réseaux sociaux.
C’est quoi, “l’algorithme” ?
Dans le contexte des réseaux sociaux, “l’algorithme” fait référence au système qui permet d’identifier et de trier les posts, les publicités et les comptes qui apparaîtront sur le fil d’un utilisateur, ainsi que le degré de mise en avant de chacun de ces éléments. Pour ce faire, ce système s’appuie sur de nombreuses métriques comme vos likes, vos réponses ou encore le temps passé sur chaque post – même si son fonctionnement exact reste souvent un secret bien gardé. C’est donc un système complexe qui détermine directement quel type de contenu est servi à chaque internaute sur les réseaux sociaux.
Par extension, ces algorithmes conditionnent une grande partie des interactions humaines en ligne, puisqu’ils orientent non seulement ce que chacun voit, mais aussi ce à quoi nous réagissons, ce que nous partageons et, au bout du compte, la manière dont les conversations et les échanges se structurent sur Internet.
Un système transformé par l’IA
Une autre particularité importante de ces algorithmes, c’est qu’ils ont comporté l’une des premières implémentations mainstream et à grande échelle du machine learning. Dès les années 2010, bien avant l’émergence de ChatGPT et consorts, des plateformes comme YouTube et Facebook ont commencé à y intégrer une dose de machine learning. L’objectif de cette démarche : aider la partie “conventionnelle” de l’algorithme, basée sur un ensemble de règles et de filtres explicitement définis par les ingénieurs, à faire le tri dans cette montagne de contenus pour servir les résultats les plus pertinents possibles à chaque utilisateur.
Depuis, le paysage a bien évolué, avec l’ouverture d’un nouvel “âge d’or de l’IA” marqué par l’explosion de ChatGPT. Cette technologie a progressé de manière spectaculaire, et il ne s’agit plus seulement d’outils discrets et complémentaires. Les modèles modernes, qui ont émergé avec l’arrivée des réseaux de neurones profonds puis des architectures de type transformer, se sont retrouvés au cœur de nombreuses technologies transformatrices. Musk, de son côté, semble convaincu que la technologie est désormais assez mature pour prendre en charge l’intégralité du processus de sélection et de hiérarchisation des contenus sur sa plateforme.
The algorithm will be purely AI by November, with significant progress along the way.
We will open source the algorithm every two weeks or so.
By November or certainly December, you will be able to adjust your feed dynamically just by asking Grok. https://t.co/lsEcAGu0SK
— Elon Musk (@elonmusk) September 19, 2025
Quelles implications pour le futur d’X ?
Toute la question est donc de savoir comment ce changement va impacter le fonctionnement du réseau social. À première vue, la plus-value semble substantielle : X pourra théoriquement proposer un fil encore plus personnalisé, plus réactif aux comportements individuels et potentiellement plus engageant.
La première limite, c’est que les grands modèles d’IA restent des sortes de boîtes noires; leur fonctionnement interne est souvent trop complexe et abstrait pour être compris intuitivement par un humain.
En d’autres termes, corriger d’éventuels problèmes risque de devenir beaucoup plus difficile. Là où il suffisait autrefois de peaufiner les valeurs d’une règle explicitement définie, il faudra désormais intervenir sur un modèle comprenant des milliards de paramètres aux effets souvent imprévisibles.
C’est particulièrement ennuyeux pour l’algorithme d’un réseau social, car en parallèle, on sait aussi que ces modèles peuvent souffrir de biais importants et produire des résultats incohérents. Or, ces biais risquent de se refléter directement dans le fil des utilisateurs, avec tout ce que cela implique en termes de polarisation du débat public ou de désinformation.
Vers un casse-tête réglementaire ?
Par extension, cela pourrait aussi poser des problèmes en matière de modération et de régulation. Les filtres conventionnels pourraient se retrouver affaiblis si l’intégralité du processus reposait entièrement sur la logique probabiliste d’un modèle. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour tout ce qui relève de la transparence et de la conformité avec les réglementations en vigueur – surtout dans le contexte actuel où X est déjà dans le viseur de l’Union européenne.
Pour rappel, l’institution accuse le réseau de plusieurs entorses au Digital Services Act et étudie actuellement plusieurs plaintes pour des manquements en matière de modération ainsi que pour des pratiques publicitaires jugées illégales. Avec un système 100 % IA, l’entreprise pourrait donc avoir plus de mal à répondre aux exigences réglementaires en matière de transparence.
Il sera donc intéressant de voir dans quelle mesure ce changement majeur, attendu au mois de novembre, parviendra à transformer l’expérience des utilisateurs tout en résistant aux défis techniques, éthiques et réglementaires qui pourraient émerger par la suite.
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