Il y a encore quelques mois, Washington avait interdit à Nvidia de vendre ses composants les plus avancés à la Chine. Donald Trump, dans un spectaculaire rétropédalage, avait ensuite levé l’interdiction en juillet. Mais voilà que Pékin reprend la main : l’Administration chinoise du cyberespace a demandé aux grandes entreprises locales comme Tencent, DeepSeek ou Alibaba de mettre en pause leurs achats de puces taillées spécialement pour le marché chinois.
Nvidia coincé entre deux mondes
Nvidia doit déjà composer avec un accord inédit qui l’oblige à reverser 15 % de ses revenus chinois au gouvernement américain. Et il doit aussi écouter les commentaires prudents de son patron, Jensen Huang. « Le président Trump veut que l’Amérique gagne, le président Xi veut que la Chine gagne, et il est possible que les deux y parviennent », a-t-il confié lors d’un déplacement au Royaume-Uni aux côtés de Donald Trump. Tout en rappelant que « l’avancée de la société humaine n’est pas un jeu à somme nulle ».
Comme si la situation n’était pas assez complexe, Alibaba a ajouté sa petite touche d’ambiguïté supplémentaire. Le géant du e-commerce a en effet annoncé un partenariat avec Nvidia pour assurer l’expansion mondiale de ses centres de données et le développement de nouveaux services d’IA.
Dans le détail, Alibaba Cloud compte intégrer l’ensemble de la pile logicielle d’IA de Nvidia, tout en continuant à promouvoir ses propres processeurs censés rivaliser avec la puce H20 du constructeur californien. Officiellement, la collaboration reste du côté logiciel, ce qui permettrait de respecter les consignes de Pékin de privilégier les puces locales. Mais la frontière est mince et la nature exacte de l’accord reste volontairement floue.
Le groupe chinois a de l’ambition : de nouveaux centres de données vont fleurir dès l’an prochain au Brésil, en France, aux Pays-Bas, mais aussi au Mexique, en Corée du Sud, au Japon, en Malaisie et à Dubaï. « L’industrie de l’IA avance bien plus vite que prévu », a reconnu son PDG Eddie Wu, en promettant que ces infrastructures répondront à la demande mondiale.
Pour Nvidia, cette alliance est une façon de rester présent en Chine malgré les pressions politiques. Mais elle illustre aussi le risque évoqué par Jensen Huang : à force de restreindre l’accès à ses puces, les États-Unis pourraient encourager la concurrence à s’organiser, et perdre une partie de leur avance dans la grande bataille mondiale de l’intelligence artificielle.
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