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Face aux milliards du sport, l’Arcom désigne les VPN comme nouveau bouc émissaire du streaming illégal

Alors que Canal+ et beIN Sports montent au créneau, l’Arcom désigne les VPN comme étant les coupables du piratage.

Le marché des droits TV sportifs en France atteint des sommets: Canal+ débourse environ 480 millions d’euros par saison pour la seule Ligue des Champions, tandis que les droits de la Formule 1 lui coûtent près de 700 millions d’euros sur cinq ans. Sans exclusivité garantie et sans abonnés fidèles, ces investissements sont difficilement soutenables. Or la prolifération du streaming illégal menace directement ce modèle : le sport se consomme en direct, et la disponibilité gratuite d’un match ou d’un Grand Prix en réduit la valeur marchande.

L’Arcom part en guerre contre le streaming sportif illégal

Ces derniers mois, plusieurs décisions judiciaires ont permis aux diffuseurs d’obtenir la fermeture de plateformes pirates. Mais la multiplication des sites miroirs a rapidement rendu ces succès partiels. L’Arcom, en tirant parti d’un article du Code du sport, a choisi une approche plus systémique : étendre automatiquement les injonctions de blocage à toutes les adresses/URL identifiées sans repasser par un tribunal. Entre juillet et septembre, ce sont ainsi 295 sites qui ont été listés (parmi eux Rojadirecta, Streameast ou encore HesGoal) et dont l’accès devra rester fermé jusqu’à la fin des saisons concernées.

La nouveauté tient à l’exécution. Après les fournisseurs d’accès à Internet, ce sont désormais les grands acteurs de l’industrie des VPN (NordVPN, ExpressVPN, Surfshark, le célèbre VPN gratuit Proton, CyberGhost dont voici notre avis) qui sont sollicités pour appliquer ces restrictions. Or ce déplacement du dispositif vers les VPN interroge : ces outils reposent sur une promesse de confidentialité (chiffrer les connexions, masquer les adresses IP, protéger les communications en ligne).

Si leur usage est souvent associé au contournement des barrières géographiques, les fournisseurs insistent sur leur rôle premier : garantir la vie privée de leurs clients. En réagissant à la démarche française, NordVPN a jugé inefficace une stratégie de blocage qui alimenterait un cycle sans fin où chaque site fermé réapparaît sous une nouvelle adresse.

Une régulation à haut risque économique

Derrière ces divergences s’esquisse le véritable enjeu : la soutenabilité du financement des droits sportifs. Le marché mondial est estimé à plus de 50 milliards d’euros annuels, ce qui alimente une surenchère entre diffuseurs. En France, la fragilité de ce modèle est déjà visible, marquée par des échecs retentissants dans la commercialisation des droits de la Ligue 1 (malgré le succès du Pass Ligue 1+) et une concurrence accrue des plateformes numériques.

Le choix d’impliquer les VPN illustre la volonté de l’Arcom de fermer un maillon supplémentaire de la chaîne de diffusion pirate. Mais il pose aussi une question de principe : jusqu’où peut-on impliquer des acteurs dont la mission première est la protection de la vie privée ? Pour l’heure, la mesure sera appliquée jusqu’à la fin de l’année sportive, mais la durabilité du dispositif reste à démontrer.

En arrière-plan, l’impression domine que la lutte contre le piratage s’apparente moins à une solution définitive qu’à un mécanisme de régulation permanente, où chaque victoire juridique ne fait que repousser l’échéance de la prochaine contournée.

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