Google a annoncé cet été que tout développeur souhaitant distribuer une application Android en dehors du Play Store devrait désormais passer par une procédure centralisée de vérification d’identité. L’entreprise affirme vouloir lutter contre la propagation de malwares, notamment via l’installation directe d’APK, pratique courante pour les utilisateurs qui téléchargent leurs apps hors du magasin officiel.
Un dispositif de sécurité… ou un moyen de reprendre le contrôle ?
Le programme, encore en phase pilote, doit débuter ce mois-ci avant un déploiement graduel. À partir de septembre 2026, les premiers pays concernés seront le Brésil, l’Indonésie, Singapour et la Thaïlande. Une généralisation mondiale est prévue en 2027. Les inscriptions test demandent déjà aux développeurs s’ils peuvent payer les frais en dollars, le processus sera en effet aussi obligatoire que payant.
Problème : cette centralisation risque de mettre à mal toute une partie de l’écosystème Android. F-Droid, qui existe depuis 15 ans et propose des milliers d’applications open source, estime que le projet signe « la fin » de sa plateforme et de celles qui reposent sur le même principe. La raison est simple : l’équipe ne peut ni obliger les auteurs à s’enregistrer chez Google, ni usurper leurs identifiants d’applications pour le faire à leur place. En clair, si la mesure entre en vigueur, des milliers d’apps disparaîtraient purement et simplement.
Dans un long billet, F-Droid accuse Google d’utiliser la sécurité comme prétexte pour resserrer son contrôle sur Android. « Si la décision est appliquée, elle signera la fin du projet », prévient la boutique, qui rappelle que le Play Store lui-même n’est pas exempt d’applications frauduleuses. L’argument sécuritaire a du mal à convaincre donc, d’autant que F-Droid dispose de ses propres mécanismes : chaque application y est fournie sous forme de code source, audité puis recompilé par l’équipe, avant d’être distribuée sans publicité ni pistage.
Pour F-Droid, le véritable enjeu est ailleurs. Obliger tous les développeurs à s’enregistrer auprès d’une autorité centrale revient, selon elle, à contraindre écrivains ou artistes à demander une licence pour publier. L’organisation dénonce une atteinte à la liberté d’expression et de création logicielle, et appelle les autorités américaines comme européennes à réagir rapidement. Elle vise notamment la Commission européenne et son règlement sur les marchés numériques (DMA), censé limiter l’hégémonie des géants du numérique.
Cette nouvelle controverse tombe à un moment délicat pour Google, déjà sous pression judiciaire après sa défaite face à Epic Games dans l’affaire du Play Store. Le groupe doit assouplir sa boutique et favoriser l’arrivée de magasins concurrents sur Android. Mais en verrouillant le sideloading, Google pourrait maintenir son rôle central dans la distribution d’applications, malgré les injonctions des tribunaux.
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