Après une interminable campagne de teasing qui s’est étirée du CES au Computex, Intel a enfin dévoilé officiellement sa nouvelle génération de processeurs et SoC Panther Lake, grâce à laquelle elle espère enfin sortir du bourbier où elle s’enlise depuis plusieurs années.
Ces nouvelles puces estampillées Core Ultra, destinées à l’écosystème portable, sont les premières à bénéficier du nouveau procédé de gravure propriétaire 18A, en 1,8 nanomètre. Le premier constat qui s’impose, c’est qu’Intel a procédé à un grand ménage ; la firme semble avoir décidé de privilégier la cohérence qui manquait cruellement à la 15e génération.
Deux mots-clés : cohérence et performance
L’entreprise s’était un peu éparpillée avec Lunar Lake et Arrow Lake. Les premiers, destinés exclusivement aux ultraportables, étaient les premières puces Intel dont la RAM était directement greffée au CPU, comme Apple le faisait déjà avec ses puces M. Ils bénéficiaient aussi d’un GPU intégré Battlemage flambant neuf et d’une NPU (une unité de calcul optimisée pour les workflows à base de machine learning) de dernière génération compatible avec Copilot+. Pour rappel, ce label désigne la nouvelle génération de PC « IA natives » de Microsoft, conçus pour faire tourner des modèles IA localement sans dépendre entièrement du cloud.
Arrow Lake, de son côté, utilisait les mêmes cœurs CPU — mais sans la RAM intégrée et avec une architecture GPU plus ancienne et nettement moins performante. Le NPU faisait aussi de la figuration sur ces modèles, puisqu’il ne répondait même pas aux critères de performance de Copilot+ et était donc pratiquement inutile.
Avec Panther Lake, Intel a mis fin à ce patchwork sans queue ni tête. Tous les modèles récupéreront l’architecture à base de chiplets lancée avec la 14e génération. Comme les processeurs Meteor Lake, ces nouveaux arrivants seront non monolithiques ; ils seront constitués de trois tuiles fonctionnelles, juxtaposées grâce à la technologie Foveros de l’entreprise.

En outre, ils s’appuieront sur des architectures CPU identiques, basées sur des P-cores Cougar Cove et des E-cores Darkmont. Selon Intel, cette combinaison devrait offrir jusqu’à 10 % de performances mono-cœur supplémentaires et jusqu’à 50 % de plus en multi-cœur, tout en consommant 10 % d’énergie en moins par rapport à Lunar Lake et 40 % de moins qu’Arrow Lake. Même dynamique côté GPU ; toute la gamme aura droit au même système de traitement graphique Xe3, apparemment 50 % plus performant que ses prédécesseurs.
Tous les modèles auront droit à une NPU capable de délivrer 50 TOPS, et donc compatible avec Copilot+. Et surtout, Intel semble avoir complètement abandonné l’implantation de la RAM à même le CPU ; tous ces processeurs Panther Lake devront être épaulés par de la mémoire vive indépendante, offrant davantage de flexibilité aux intégrateurs et aux utilisateurs.
Trois CPU destinés aux ordinateurs portables
Lors de sa keynote, Intel a présenté trois puces distinctes, toutes destinées à des machines portables.
La première, 8c 4Xe, est un modèle à 8 cœurs CPU (4 P-cores et 4 LP E-cores Darkmont) et 4 cœurs GPU, sans doute destiné à des ultrabooks d’entrée et milieu de gamme. Elle prendra en charge la mémoire LPDDR5x jusqu’à 6800 MT/s et la DDR5 jusqu’à 6400 MT/s avec 8 Mo de cache, et disposera de 12 lignes PCIe (4 de 5e génération et 8 de 4e génération).

La seconde, 16c 4Xe, devrait offrir une puissance de calcul brute nettement supérieure. Elle embarque également les 8 cœurs du modèle ci-dessus, mais avec 8 E-cores Darkmont supplémentaires pour un total de 16 cœurs. Elle prendra aussi en charge de la RAM nettement plus rapide (jusqu’à 8533 MT/s pour la LPDDR5x et 7200 MT/s pour la DDR5), avec un total de 20 lignes PCIe (8 × Gen 4 et 12 × Gen 5). La partie GPU, en revanche, sera strictement identique.

Le dernier modèle, 16c 12Xe, disposera du même CPU que la version 16c 4Xe. En revanche, il embarquera un GPU largement plus performant, avec 12 cœurs Xe3 disposant chacun de leur propre unité de ray tracing. Reste à savoir si cela sera suffisant pour faire tourner des applications exigeantes comme des jeux sans carte graphique dédiée ; mais quoi qu’il en soit, ce troisième processeur se positionne donc clairement comme le plus puissant de la gamme Panther Lake.

La génération de la dernière chance ?
Sur le papier, cette nouvelle génération a plutôt fière allure. Mais il faudra impérativement attendre les premiers tests, et surtout la présentation des futurs modèles destinés aux PC fixes, pour livrer un verdict. Les fans de hardware se rappellent sans doute que les deux générations précédentes avaient également fière allure avant le lancement ; et pourtant, elles se sont tout de même avérées décevantes à (presque) tous les niveaux. Autant dire que la prudence reste de mise du côté du public.
Il en résulte une tension énorme, car Intel, de son côté, a désespérément besoin d’une vraie victoire après plusieurs années à enchaîner les déconvenues. L’ambiance à Santa Clara était déjà morose depuis l’arrivée des formidables CPU Ryzen d’AMD en 2017, mais la situation n’a fait qu’empirer depuis : retards dans l’évolution de sa technologie de gravure, architectures mal calibrées, communication confuse… autant de facteurs qui ont fait perdre énormément de terrain à Intel face à ses principaux concurrents.

Ces difficultés technologiques ont précipité Intel dans un immense bourbier économique, marqué par une chute en bourse spectaculaire, et conduit à une instabilité grandissante au sein de l’entreprise, marquée par l’éviction de l’ancien PDG Pat Gelsinger.
Les enjeux sont donc considérables pour Lip Bu Tan, le nouveau dirigeant. L’objectif de Panther Lake n’est pas seulement de relancer le processus d’innovation ; il s’agit aussi et surtout d’assurer la survie d’Intel en prouvant aux partenaires industriels et aux consommateurs que ce titan déchu est encore capable de grandes choses.
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