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IPTV illégale : les abonnés pirates bientôt privés de leur anonymat ?

Après le Piracy Shield, l’Italie envisage une mesure plus radicale : exposer les utilisateurs d’IPTV illégale sur un pilori numérique pour dissuader le piratage.

Historiquement, la lutte contre le piratage a toujours été extrêmement difficile pour les détenteurs de droits, qui sont forcés de se battre sur de nombreux fronts à la fois pour endiguer le phénomène — souvent avec un succès assez limité. Face à cette relative impuissance, le gouvernement italien a décidé de brandir une menace inédite qui, si elle se concrétise, risque de représenter un tournant majeur dans l’histoire du web.

Cela fait déjà quelque temps que nos voisins transalpins enchaînent les mesures de dissuasion pour lutter contre le piratage à grande échelle. On peut notamment citer le Piracy Shield, un dispositif semi-automatisé géré par l’AGCOM (l’Autorité italienne des communications), qui permet aux ayants droit de demander le blocage des sites de streaming ou de téléchargement illégaux. Sa particularité, c’est qu’il peut être sollicité très rapidement : une fois le signalement effectué, les fournisseurs d’accès sont tenus d’appliquer le blocage dans un délai de 30 minutes, sans nécessairement passer par une longue procédure judiciaire.

L’un des principaux objectifs de cette mesure, c’est de lutter en temps réel contre la montée en puissance de l’IPTV illégale – un marché parallèle qui permet à des millions d’utilisateurs d’accéder à des chaînes payantes, notamment sportives, à des prix dérisoires. Malheureusement, les résultats ont été plus que mitigés. Andrea Abodi, le ministre des Sports et de la Jeunesse italien, a donc décidé de passer à la vitesse supérieure.

Un pilori numérique pour dissuader les tricheurs

Lors du Sky Up The Edit, un événement centré sur l’inclusivité et la citoyenneté numérique, il a martelé que l’IPTV illégale n’était pas seulement interdite par la loi, mais qu’elle allait également directement à l’encontre des valeurs incarnées par le sport. « Acheter un abonnement illégal, c’est devenir complice d’un crime », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que le piratage représentait aussi un « manque de respect envers le sport » — une valeur que « nous devons tous mettre en pratique et qui ne peut pas disparaître ».

Mais cette fois, il a aussi ajouté une nouvelle menace à son arsenal, en suggérant que « les noms [des clients] pourraient bientôt être rendus publics ». En somme, il propose de créer une sorte de pilori numérique, où les contrevenants pourraient être exhibés et humiliés publiquement pour dissuader les autres utilisateurs.

Une idée difficile à implémenter

À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune procédure officielle ne semble avoir été initiée pour faire passer cette idée dans la loi. Et la mise en application d’une telle mesure pourrait s’avérer difficile, car elle soulève des questions tout à fait légitimes sur le thème de la confidentialité et de la protection des données personnelles. Certains ne manqueront sans doute pas de souligner la contradiction apparente avec le RGPD et les principes fondamentaux du droit européen sur la vie privée numérique.

Malgré tout, le message est on ne peut plus clair : tant que l’IPTV illégale continuera de concurrencer directement les diffuseurs officiels et d’alimenter ce qu’Abodi désigne comme « l’économie criminelle », son gouvernement va continuer de serrer la vis. Il sera donc intéressant de voir si l’Italie ou d’autres pays — chercheront concrètement à implémenter une version de ce concept dans la loi… ou s’il ne s’agit que d’un message avant tout symbolique, symptomatique de la relative impuissance des pouvoirs publics face au piratage.

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Source : TorrentFreak

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