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1X Neo : le futur de la robotique ou un mirage technologique ?

Ce robot domestique, pourtant très prometteur sur le papier, semble encore très loin d’incarner la révolution promise par ses créateurs.

En mars 2025, 1X a annoncé qu’elle allait commencer à tester Neo, un robot humanoïde conçu pour s’occuper de toutes les corvées et autres tâches domestiques, directement chez des particuliers. Le grand jour est enfin arrivé : la semaine dernière, la startup californienne a déclaré que ces engins révolutionnaires étaient enfin disponibles en précommande. Une annonce qui, dans un univers parallèle, aurait pu marquer le début d’une vraie révolution… si ce n’était pas un exemple flagrant des pires dérives de la tech moderne.

Cet androïde est présenté comme une véritable fée du logis capable de réaliser à peu près n’importe quelle corvée du quotidien, de l’arrosage des plantes à la lessive en passant par le rangement et le nettoyage – le tout de manière entièrement autonome. Un gain de sérénité et de temps précieux pour les propriétaires ; après tout, qui n’apprécierait pas de rentrer dans une maison parfaitement entretenue après une longue journée de labeur, et de pouvoir s’installer confortablement devant son loisir préféré plutôt que d’avoir à repasser des chemises ?

Sur le papier, il faut admettre que Neo a tout pour plaire. Mais dès que l’on se penche sur les détails de l’annonce, on découvre rapidement plusieurs points problématiques qui n’augurent rien de bon quant à l’avenir de Neo.

Un robot pas si autonome

Le premier, et certainement le plus rédhibitoire, c’est que Neo n’est encore qu’un prototype. Si la machine en elle-même est déjà relativement mature, on ne peut pas en dire autant de son système de contrôle dopé à l’intelligence artificielle, qui est encore balbutiant. En fait, il est encore très loin des capacités mises en avant par l’entreprise ; à l’heure actuelle, il n’est capable de réaliser qu’une infime partie des corvées auxquelles on pourrait s’attendre en regardant ces vidéos promotionnelles.

À cause de ces capacités encore très limitées, Neo a donc besoin… d’une assistance humaine. Et pour être clair, on ne parle pas de simples directives : lorsque le robot est perdu, c’est un opérateur humain en chair et en os qui doit enfiler un casque de réalité virtuelle, se saisir d’une paire de manettes et prendre directement le contrôle de l’engin pour réaliser la tâche en question ! Inutile de dire que cette façon de procéder implique de très nombreux problèmes potentiels.

En pratique, acheter Neo revient donc à payer une somme énorme (20 000 $ d’un coup ou 499 $ par mois) pour inviter un étranger au sein de votre domicile, avec tout ce que cela implique en termes de confidentialité. Même si l’entreprise évoque de nombreuses mesures de protection de la vie privée (mise en place de zones interdites, floutage des visages, contrôle du robot soumis à l’approbation de l’utilisateur…), il y a fort à parier que cette concession risque de décourager plus d’un client potentiel.

Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, car il faudra aussi tenir compte de nombreux problèmes techniques qui pourraient survenir lors de ce processus de téléopération. Que se passe-t-il si la connexion Internet du client flanche pendant que le robot est en train de manipuler un objet fragile, d’interagir avec un enfant ou un animal, ou de cuire des aliments par l’intermédiaire du robot ? Un simple délai dans la connexion pourrait suffire à provoquer un accident grave. Et qu’en est-il de la responsabilité en cas de dégâts matériels ou corporels — l’utilisateur, l’opérateur à distance ou l’entreprise ?

Autre problème majeur : celui de la sécurité. Ce mode de fonctionnement implique forcément l’existence de points d’accès qui, en théorie, pourraient être exploités par des acteurs mal intentionnés pour espionner un foyer ou saboter du matériel. Pas franchement rassurant.

Un modèle commercial voué à l’échec ?

Certes, 1X affirme que cette solution n’est que temporaire. 1X espère que les primo-acquéreurs lui permettront d’accumuler de grandes quantités de données pour améliorer progressivement l’autonomie de Neo, afin qu’il puisse un jour évoluer sans la moindre supervision humaine. Mais en attendant d’en arriver là, les clients auront-ils le moindre intérêt à débourser autant d’argent pour avoir le privilège de transformer leur domicile en laboratoire au service d’une startup américaine ? Rien n’est moins sûr.

Et c’est un gros problème pour l’entreprise. Car si elle ne parvient pas à convaincre un grand nombre de clients, ce qui semble compromis à cause des limites évoquées plus haut, elle ne pourra pas continuer de développer ses algorithmes pour amener Neo à un niveau de maturité compatible avec les attentes du grand public. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le modèle commercial semble donc excessivement bancal.

Vous l’aurez compris : 1X et Neo sont l’incarnation parfaite des dérives de la big tech moderne, qui cherche de plus en plus à vendre le futur à prix d’or avant même de l’avoir construit. Il conviendra toutefois de suivre la trajectoire de l’entreprise et des autres figures de proue de l’industrie des androïdes domestiques, à commencer par Tesla et son Optimus. Il est tout à fait possible que ce genre d’appareil lance un jour une révolution sans précédent dans l’histoire de l’humanité – mais force est de constater que la route reste très longue, et il sera fascinant de suivre la suite de cette aventure.

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