Au départ, ça semblait bien parti pour Nintendo. Début octobre, l’entreprise décrochait un brevet américain (n°12,403,397) décrivant un système de combat automatique proche de celui de Pokémon Écarlate et Violet. L’idée est que le joueur peut envoyer sa créature se battre toute seule dans le monde ouvert ou déclencher un affrontement classique selon la situation.
Et si Nintendo perdait la partie face à Pocketpair ?
Rien de révolutionnaire, donc, mais c’est suffisamment spécifique pour attirer l’attention des fans et des juristes. Rapidement, la presse spécialisée s’est demandé si Nintendo n’essayait pas de verrouiller des mécaniques de jeu présentes dans quantité de titres. « Si un vieux jeu comme StarCraft faisait déjà tout ça, le brevet tombe pour anticipation ou évidence », expliquait le chercheur Charles Duan à The Verge. Selon lui, ces systèmes rappellent d’ailleurs des schémas militaires classiques : « Un général qui donne des ordres, des soldats qui obéissent ou agissent d’eux-mêmes ». Autant dire que l’idée d’« auto-battle » ne date pas d’hier.
Et voilà que, coup de théâtre, le directeur du USPTO, John A. Squires, a ordonné ce 3 novembre un réexamen du brevet. Autrement dit, on remet tout à plat. Motif ? Deux documents antérieurs, dont un déposé en 2002 par Konami, décrivent déjà un système similaire. L’autre… a été déposé par Nintendo en 2019. Le constructeur de Kyoto se mord donc un peu la queue.
Ce genre d’intervention n’était pas arrivé depuis plus de dix ans. Si les principales revendications tombent, tout le brevet risque de s’effondrer. Et c’est une très mauvaise nouvelle pour la bataille juridique que Nintendo mène au Japon contre Pocketpair, l’éditeur de Palworld, accusé de plagiat.
Cette plainte, déposée au Japon à l’automne 2024, vise plusieurs brevets japonais de Nintendo liés aux mécaniques d’interaction de ses jeux Pokémon : lancer une balle pour capturer ou invoquer une créature, ou encore monter sur son dos pour explorer le monde. Le constructeur estime que Palworld reprend sans autorisation ces principes dans son gameplay, où le joueur peut capturer des créatures — les fameux « Pals » — à l’aide d’orbes lumineuses et les faire combattre, récolter des ressources ou même les chevaucher.
Des ressemblances qui vont bien au-delà de la simple inspiration visuelle ou thématique, accuse Nintendo. Pour l’instant, la procédure américaine n’annule rien, mais elle fragilise la position mondiale de Nintendo, déjà critiqué pour son goût des brevets discutables. Si le combat se poursuit contre Pocketpair, cette fois, c’est peut-être Nintendo qui risque le K.O. technique.
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