La surface rougeâtre de Mars n’est qu’un désert glacé, bombardé constamment de radiations, sur laquelle la vie (telle que nous la connaissons) est incapable d’éclore. L’histoire géologique de la planète fut tellement violente qu’il serait aujourd’hui impossible d’y retrouver un quelconque organisme d’origine extraterrestre, sauf… sous sa surface.
Elle abrite de nombreuses cavités, à l’abri des tempêtes et des radiations, des milieux enterrés, qui sont aujourd’hui la cible privilégiée de l’astrobiologie dans sa quête de la vie martienne. Huit d’entre elles ont accaparé l’attention d’une équipe de l’Université de Shenzhen (Chine), qui lui a consacré une étude, publiée le 30 octobre dans la revue The Astrophysical Journal Letters. Pourquoi ? Parce qu’elles combinent plusieurs éléments qui ne laissent guère de place au doute : une géomorphologie façonnée par l’érosion aqueuse, exactement le type de milieu où des microbes terrestres prospèrent encore aujourd’hui.
Les grottes martiennes les plus favorables à la vie
Ces huit grottes sont situées dans une région des basses plaines du nord de Mars, baptisée Hebrus Valles. Particulièrement connue pour ses anciennes traces d’écoulement d’eau, les scientifiques s’entendent aujourd’hui sur le fait qu’elle a connu, par le passé, une activité fluviale intense.
Observées depuis l’orbite, les satellites ont repéré des ouvertures à leur surface, des puits parfaitement nets qui n’ont rien en commun avec les autres grottes de la planète, formées principalement par d’anciens volcans. Leur profil renvoie plutôt à des grottes érodées par l’eau, qui dissout peu à peu les minéraux solubles des parois rocheuses.
Ce type d’érosion est typique des zones où l’eau interagit longuement avec la roche, créant des micro-habitats qui, sur notre planète, servent de refuge à des bactéries capables de survivre dans des environnements dépourvus de lumière et extrêmement pauvres en nutriments.
Pour confirmer cette interprétation et déterminer si ces cavités étaient véritablement liées à l’eau, les chercheurs ont ensuite confronté leur morphologie à leur chimie interne. Ils ont compilé plusieurs archives orbitales : d’abord les images haute définition captées par les caméras orbitales, puis les relevés spectrométriques de Mars Odyssey (THM) et de Mars Global Surveyor (GRS), capables d’identifier les minéraux hydratés présents autour des cavités.
Ce croisement a révélé qu’autour de ces puits, des sulfates et des traces d’hydrogène étaient présentes : deux marqueurs que l’on retrouve justement dans les zones où l’eau a circulé ou stagné avant de disparaître. Un tableau géologique difficile à interpréter autrement que par la présence ancienne d’eau liquide sous la surface.
Un constat renforcé par les modélisations 3D des grottes produites à partir des données orbitales (inclinaison des parois, géométrie interne, agencement des pentes, etc.), qui leur a permis d’examiner les cavités sous tous les angles. Là encore, rien ne correspond aux autres grottes martiennes volcaniques, et l’ensemble des cavités s’apparente davantage à des grottes karstiques. Creusés par l’eau sur des millions d’années, ces réseaux abritent les écosystèmes microbiens les plus résilients : des communautés capables de vivre sans lumière, en exploitant les seules réactions chimiques entre l’eau et la pierre.
Le fait que des grottes si proches de nos karsts terrestres se soient sculptées sur Mars indique que son sous-sol a réuni un jour les mêmes paramètres géologiques.. Pour l’équipe de recherche, c’est la preuve que ces cavités sont ainsi les meilleures candidates pour accueillir une signature biologique, si Mars en a jamais porté une. Les chercheurs soulignent que seuls des environnements protégés, forgés par l’eau puis isolés dans le sous-sol, auraient pu préserver une telle empreinte face aux radiations extrêmes et aux cycles climatiques violents de la planète rouge.
Ce n’est qu’au travers de futures missions spatiales « robotiques ou humaines », selon les mots des chercheurs, que nous pourrons confirmer ou non si ces cavités ont pu procurer un refuge à des microbes martiens, dont les signatures seraient encore emprisonnées dans la roche. Peut-être trouverons-nous enfin réponse à la question qui taraude l’humanité depuis qu’elle regarde les étoiles : « Sommes-nous seuls ? ». En attendant, Mars continuera de nous tendre des miettes, sans jamais nous livrer le plat principal, ce qui, avouons-le, prolonge un peu le suspens.
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