Passer au contenu

Le PDG de Roblox qualifie les prédateurs d’enfants d’« opportunité » dans une interview catastrophique

Alors que l’entreprise fait face à de multiples poursuites judiciaires, le patron de Roblox, David Baszucki, voit le problème des prédateurs sur sa plateforme comme une opportunité…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que David Baszucki, cofondateur et PDG de Roblox, a défendu l’entreprise de manière plus que maladroite lors du podcast Hard Fork du New York Times. Refusant de reconnaître pleinement les problèmes de sécurité qui affligent la plateforme depuis des années, il a été encore plus loin. Lorsque les journalistes l’ont interrogé sur la présence de prédateurs ciblant les enfants, Baszucki a répondu qu’il ne s’agissait pas uniquement d’un problème, mais aussi d’une opportunité.

Qu’est-ce qu’il veut dire par là ?

Face aux questions directes des animateurs du podcast, le patron de Roblox a expliqué que la plateforme devait trouver comment permettre aux jeunes de créer, communiquer et se retrouver ensemble, tout en construisant « l’avenir de la communication ». Interrogé sur l’ampleur du problème, Baszucki a préféré mettre en avant le nombre important de ses joueurs, étant 150 millions d’utilisateurs actifs quotidiens et les 11 milliards d’heures jouées par mois.

Lorsque les journalistes ont souligné que les prédateurs ne semblaient pas avoir beaucoup de difficultés à contourner les filtres de Roblox, Baszucki a simplement répondu qu’il ne souhaitait pas commenter. Plus tard, interrogé directement pour savoir s’il pensait que Roblox avait un problème de prédateurs, le PDG a esquivé de nouveau : « Je pense que nous faisons un travail incroyable en matière d’innovation compte tenu du nombre de personnes sur notre plateforme ».

Cette interview intervient dans un contexte particulièrement délicat pour Roblox. Le procureur général du Texas, Ken Paxton, a rejoint ceux du Kentucky et de la Louisiane pour poursuivre la plateforme, accusant l’entreprise d’avoir trompé les parents sur les risques de sécurité pour leurs enfants. Au total, plus de 20 poursuites fédérales ont été déposées aux États-Unis cette année.

Ken Paxton a déclaré dans un communiqué que l’État ne pouvait pas permettre à des plateformes comme Roblox de continuer à fonctionner comme des terrains de jeux numériques pour les prédateurs. La plateforme, qui compte 151,5 millions d’utilisateurs actifs quotidiens dont 40 % ont moins de 13 ans, est sous pression depuis qu’une enquête de Bloomberg en juin 2024 a révélé l’ampleur du problème.

Des mesures de sécurité controversées

Face aux critiques, Roblox déploie progressivement un système de vérification d’âge par selfie vidéo. Les joueurs devront prendre un selfie pour estimer leur âge et seront répartis par tranches d’âge, ne pouvant communiquer qu’avec des utilisateurs du même groupe. Ce dispositif a été lancé en décembre dans certains pays avant une extension progressive.

Toutefois, Baszucki est resté très vague sur les détails de ces systèmes, parlant de « signaux comportementaux » et de l’utilisation de l’IA, sans apporter d’éléments concrets. Il a également refusé d’expliquer pourquoi la mise en place de ces mesures avait pris autant de temps.

Un entretien qui dérape

L’ambiance de l’interview s’est rapidement tendue. Lorsque les journalistes ont mentionné le rapport d’Hindenburg Research intitulé « Roblox : des métriques gonflées pour Wall Street et un enfer de pédophiles pour les enfants », Baszucki a détourné le sujet en soulignant que la société d’investissement avait fermé ses portes.

Visiblement agacé par la tournure de l’interview, Baszucki a multiplié les remarques sarcastiques avant de mettre fin à la rencontre. Comme si l’interview n’était pas assez problématique, Baszucki a également déclaré qu’il serait favorable à l’introduction d’un marché de prédiction dans Roblox, similaire à Polymarket, permettant essentiellement aux enfants de parier sur des événements futurs. Quand les journalistes lui ont fait remarquer que c’était une « idée horrible », il a répondu qu’il pensait que c’était brillant si cela pouvait être fait de manière éducative et légale.

Cette déclaration vient s’ajouter aux déclarations précédentes de Baszucki, où il avait suggéré qu’un service de rencontres pourrait être ajouté à Roblox.

Kevin Roose, l’un des animateurs du podcast, a qualifié cet entretien de « peut-être l’interview la plus folle que nous ayons jamais réalisée ». L’approche de Baszucki, qui semble privilégier la promotion des innovations technologiques et la mise en avant du nombre d’utilisateurs plutôt que les questions de sécurité des enfants, a été largement critiquée dans l’industrie du jeu vidéo. Roblox a déjà interdit dans 6 pays pour son manque de dispositif de sécurité concernant les enfants. Si une interdiction pure est simple ne semble pas se profiler en France, cette nouvelle polémique pourrait bien mener à un renforcement des règles concernant l’âge des utilisateurs.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode