L’annonce a été presque trop sobre pour un projet qui s’est bâti sur l’excès permanent. « Ça n’existe pas», a lâché Scott Kupor, patron de l’Office of Personnel Management (OPM), en parlant du DOGE. Rideau. L’agence n’est plus, huit mois avant la date prévue. Et on comprend pourquoi : son efficacité tient davantage du mythe que de la réalité.
La machine à casser
Créée au lendemain de l’élection de Donald Trump, DOGE était censée réinventer l’État américain. En pratique, elle s’est surtout appliquée à le désosser ! Sous la houlette d’Elon Musk, qui adorait se mettre en scène tronçonneuse en main, les coupes ont été spectaculaires… et aveugles : ministère de l’Éducation vidé de sa substance ; équipes de cybersécurité décimées ; USAID amputée au point de provoquer des dégâts humains estimés à des centaines de milliers de morts dans le monde ; le fisc privé de plus d’un quart de ses effectifs, remplacés par des agents IA ; embauche publique gelée, sauf exceptions validées par le duo Trump–Musk.
Résultat : une administration désorganisée, des agences incapables de fonctionner normalement et un déficit budgétaire qui continue d’exploser après le vote du budget Trump. On est très loin du discours sur les économies massives. DOGE était censée supprimer 2.000 milliards de dollars de dépenses : elle n’en a coupé que 16,3 milliards selon un audit indépendant, et encore, en comptant large. À peine une goutte d’eau dans un océan de chaos bureaucratique.
Pendant ce temps, les promoteurs de DOGE claironnaient des montants faramineux jamais étayés. Pour les experts, il est pourtant impossible de vérifier les chiffres, faute de la moindre transparence. Même le Sénat US a conclu que l’agence avait dépensé plus qu’elle n’avait permis d’économiser. Une sacrée ironie.
DOGE n’aura été au final qu’un terrain de jeu pour Elon Musk, qui s’est offert une parenthèse politique tapageuse. À l’arrivée : une popularité en chute libre, des ventes Tesla qui trinquent et un énorme coup de gueule contre Donald Trump (ils se sont rabibochés depuis, mais plus discrètement). Son influence, pourtant, n’a pas complètement disparu : plusieurs ex-DOGErs ont été recasés à des postes névralgiques, du Département d’État à la Santé.
Joe Gebbia, cofondateur d’Airbnb passé par DOGE, dirige désormais le National Design Studio, chargé de « moderniser » les sites gouvernementaux. Un euphémisme poli pour repeindre la façade alors que les infrastructures craquent encore.
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