La créature la plus emblématique de Stranger Things est née bien avant que les studios Netflix ne s’en emparent. Même si, dans la série, elle est présentée comme faisant partie de l’univers de Donjons et Dragons, saviez-vous qu’il fallait remonter jusqu’au Moyen-Âge et dans la littérature médiévale pour retrouver les premières traces du Démogorgon ? Plusieurs traités en démonologie de la Renaissance ont repris ce monstre, comme symbole du chaos et de l’enfer, une métaphore de ce qui n’a pas de forme, précédant la création, et par conséquent, le pouvoir de Dieu lui-même.
La série des frères Duffer a donc allégrement pioché dans la mythologie européenne pour donner forme au Démogorgon de la série, et a perfectionné son esthétique pour en faire une créature absolument terrifiante. Nous en avons fini avec le caractère historique du monstre, penchons-nous désormais sur lui avec un regard scientifique pur et dur. Sous l’oeil de la zoologie et d’un point de vue évolutionniste, le Démogorgon apparaît finalement assez crédible. Si tant est que l’on puisse accepter qu’un environnement extrêmement hostile ait pu repousser la sélection naturelle dans ses retranchements.

Le Démogorgon : une anatomie monstrueuse, mais pertinente
Lorsqu’il apparaît dans le premier épisode de la série, le Démogorgon ressemble à une aberration sur pattes, mélange entre un être humain et une créature lovecraftienne à l’apparence horrifique. Pourtant, si l’on examine sa silhouette sans s’attacher aux détails monstrueux, on lui trouve des logiques biomécaniques déjà présentes chez des espèces réelles : oiseaux chasseurs sur deux pattes ou grands singes comme les chimpanzés ou les gorilles.
Il est bipède, sa fonction locomotrice est donc séparée de ses membres antérieurs, ce qui laisse libres ses deux bras pour immobiliser ses proies et les neutraliser. Son anatomie entière évoque clairement celle de superprédateurs terrestres : un centre de gravité bas et une amplitude articulaire des hanches comparable à celle des grands félins, une musculature concentrée sur le haut du corps comme chez les varans, et une posture compacte proche de celle des canidés lorsqu’ils fondent sur leurs victimes.
Une morphologie taillée pour la puissance et l’agilité, ce qui se remarque très vite dans la série, puisque le Démogorgon bondit et cavale sans avoir à se soucier de la gravité. Ses attaques sur Will, Nancy ou sur l’escorte militaire dans le Laboratoire National d’Hawkins en sont des exemples criants.
Impossible de parler du Démogorgon sans décrire sa tête « pétaloïde », dénuée de visage, qui s’ouvre comme une plante carnivore. Elle s’ouvre comme une gueule radiale, une morphologie comparable à celle de certains reptiles à la mâchoire hypertrophiée (Crocodiles marins, Tortues alligator) ou quelques espèces de poissons abyssaux (Poisson-ogre ou Grand avaleur).
Ses comportements de prédation sont même assez cohérents avec ceux de certains carnivores réels, soumis à de fortes pressions évolutives, contraints de tendre des embuscades pour arriver à leurs fins. Il piste ses proies et n’agit qu’au dernier moment pour déchaîner sa puissance, une manière d’économiser son énergie pour la mobiliser au moment optimal. La panthère nébuleuse, le tigre du Bengale, le Jaguar ou l’alligator américain, par exemple, chassent exactement de cette manière et ont évolué en se spécialisant dans les attaques fulgurantes.
Bien sûr, il ne s’agit en aucun cas d’affirmer que le Démogorgon ressemble trait pour trait aux animaux cités précédemment (heureusement, d’ailleurs !). Il partage simplement avec eux les mêmes réponses fonctionnelles à des contraintes comparables : celle d’économiser son énergie pour optimiser ses attaques. Une créature respectant la théorie darwinienne à la lettre, et assurément l’une des seules avec laquelle nous n’aurions pas envie de débattre sur l’évolution ou l’adaptation.
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