Dan Houser est l’homme qui a façonné l’univers de Grand Theft Auto depuis l’épisode III en 2001, qui nous a fait pleurer sur le destin d’Arthur Morgan dans Red Dead Redemption 2 et qui a écrit certaines des pages les plus marquantes du jeu vidéo moderne. Depuis son départ de Rockstar en 2020, il multiplie les apparitions médiatiques pour promouvoir son roman « A Better Paradise » et son nouveau studio Absurd Ventures. Et quand on lui parle d’IA générative, ça dépote.
L’IA va finir par se bouffer elle-même
Lors d’une interview au micro de Virgin Radio UK, Houser a sorti une comparaison qui fait mouche. L’IA générative ? Une sorte de maladie de la vache folle version numérique. Son raisonnement : ces modèles scannent internet pour apprendre, mais le web se remplit progressivement de contenus générés par ces mêmes modèles d’IA.
C’est exactement ce qui s’est passé avec la crise de la vache folle dans les années 90 où l’on nourrissait les bovins avec des farines animales faites à partir d’autres bovins. Résultat catastrophique. Houser voit le même schéma se dessiner avec l’IA, un cycle où les machines s’alimentent de leur propre production, jusqu’à produire du contenu de plus en plus générique et dégradé.
Le co-fondateur de Rockstar ne rejette pas totalement la technologie. Il admet qu’elle excellera dans certaines tâches spécifiques. Son propre studio, Absurd Ventures, expérimente d’ailleurs avec l’IA sur son prochain jeu. Mais il garde les pieds sur terre, car selon lui, l’IA ne résoudra pas tous les problèmes du développement de jeux, contrairement aux promesses des grands patrons de la tech.
Des dirigeants « pas tout à fait humains »
C’est là que Houser lâche ses punchlines les plus cinglantes. Les promoteurs actuels de l’IA ne sont selon lui ni les plus humains ni les plus créatifs, ce qui pose un sacré problème quand ces mêmes personnes prétendent définir l’avenir de la créativité humaine.
« Ils disent en gros qu’ils sont meilleurs que nous pour être humains. C’est évidemment faux ». Difficile de ne pas penser à certains PDG de la Silicon Valley qui vendent l’IA comme le futur de l’art et de la création, alors qu’ils n’ont jamais écrit une ligne de scénario ou composé une mélodie de leur vie.
Houser pointe une forme d’arrogance algorithmique des LLM qui empêchera, selon lui, l’IA de remplacer l’humain dans les domaines créatifs.
Un débat qui déchire l’industrie du jeu vidéo
Les déclarations de Houser interviennent dans un contexte explosif pour l’industrie. Microsoft, EA, Ubisoft : tous investissent des milliards dans l’IA en promettant une révolution. Dans le même temps, ces entreprises licencient massivement. Microsoft a notamment annoncé des restructurations majeures justifiées en partie par l’automatisation et le déploiement de l’IA.
Le patron de Take-Two, Strauss Zelnick, avait lui aussi donné son avis en qualifiant l’IA de « tour de passe-passe », une technologie utile pour le business, mais incapable de vraie créativité. D’autres figures de l’industrie comme Hideo Kojima partagent une vision similaire avec l’IA comme outil d’assistance pour les tâches répétitives, pas comme remplacement de la créativité humaine.
Ce n’est pas qu’une bataille de principes. Des milliers d’emplois techniques et artistiques sont menacés par des studios qui embrassent l’IA avec un enthousiasme aveugle, sacrifiant le facteur humain au nom de la rentabilité. Houser met le doigt sur ce paradoxe, ceux qui décident de l’avenir de la créativité via l’IA sont souvent ceux qui comprennent le moins ce qui rend un processus créatif authentiquement humain.
Avec Grand Theft Auto VI prévu pour novembre 2026, Rockstar reste pour l’instant muet sur la question de l’IA dans son développement. Mais les propos de son ancien co-fondateur résonnent comme un avertissement. Gare à ceux qui croient que les algorithmes remplaceront le talent humain, car la maladie de la vache folle numérique pourrait bien frapper plus vite qu’on ne le pense.
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