Blague mise à part, nous parlons ici d’une véritable phobie, qui, selon le Vidal est « une forme de troubles anxieux où l’angoisse se focalise sur un objet, une situation ou une activité précise qui ne la justifie pas ». En l’occurrence, il s’agit ici de la biophobie : si vous êtes mal à l’aise en forêt, que vous éprouvez du dégoût à la vue d’un sous-bois humide, d’une montage, ou sentez la crispation monter à la vue d’un animal innocent, peut-être êtes vous concernés.
Une nouvelle synthèse de plusieurs publications scientifiques vient de révéler que ce trouble est de plus en plus répandu : une portion croissante de la population entretient avec la nature une relation négative. De quoi inquiéter les professionnels de la santé mentale, ainsi que les écologues, pour qui ce lien distendu peut représenter une menace pour le vivant.
Comment une espèce née dehors peut-elle craindre la nature ?
Il existe une Image d’Épinal qui voudrait que l’être humain, intimement lié à la nature puisqu’il en vient, devrait spontanément s’apaiser à son contact. C’est le cas de la grande majorité d’entre nous, pour qui un petit week-end au bord de l’océan ou en pleine montage suffit à nous redonner de l’air et nous aider à affronter le lundi et la semaine de travail qui suivra.
« La recherche a longtemps supposé que les êtres humains ressentaient fondamentalement des émotions positives envers la nature », rappelle le chercheur suédois Johan Kjellberg Jensen. Une évidence qui n’en est plus réellement une, si l’on en croit les différents travaux qui se sont penchés sur le sujet.
Deux, particulièrement se sont intéressés à la biophobie : cette étude, publiée en juin 2023 dans la revue Trends in Ecology & Evolution, et une seconde, publiée plus récemment, en 2025 dans Frontiers in Ecology and the Environment. Lorsqu’on rassemble leurs différentes conclusions, il apparaît assez clairement que la nature n’évoque pas du tout les mêmes réactions émotionnelles chez tout le monde.
La première est une méta-analyse qui a passé au crible près de 200 études issues de différents pays. L’objectif de l’équipe qui l’a menée était de comprendre quels étaient les ressorts psychologiques, sociaux ou biologiques de la biophobie.
Rien n’est jamais simple en psychologie humaine, et il va de soi que ses causes sont multiples, comme c’est le cas de toutes les autres phobies. Si l’enfant grandit loin de la nature ou des espaces verts, et si ses parents nourrissent eux-mêmes une certaine aversion à l’égard de l’environnement naturel, les chances que l’enfant partage cette biophobie augmentent.
Jensen, qui a mené cette étude, explique : « L’urbanisation, combinée aux attitudes parentales, peut accroître les émotions négatives et le sentiment de danger face à la nature chez les enfants ». En effet, nous ne vivons plus dans les années 1950 et les jeunes générations sont bien plus enclines à passer leur journées entre quatre murs, les yeux rivés à l’écran, plutôt qu’aller batifoler dans des champs de coquelicots.
Le problème est que, contrairement à la majorité des phobies qui concernent uniquement la sphère intime, ce n’est pas le cas de la biophobie. S’il y a une réelle tendance à l’augmentation d’individus biophobes, la société qu’ils composeront sera nécessairement moins apte à comprendre les enjeux environnementaux.
Conservation animale, préservation des forêts, disparition des écosystèmes, réchauffement climatique : des thématiques auxquelles certains peuvent devenir insensible. Au vu de la crise environnementale actuelle, on aurait justement eu besoin de ce rengain d’attention pour le vivant, mais c’est peut-être l’inverse qui est en train de se produire : on ne peut pas dire que ce soit exactement le genre de bonus dont la planète avait besoin.
Restons mesurés toutefois : même si la biophobie semble se répandre, il reste difficile de mesurer précisément quelle part de la population est concernée, et dans quelle proportion. Néanmoins, nous assistons sans aucun doute à un effet de société, secondaire à notre mode de vie (sédentarisation, urbanisation, etc.), et le fait que le phénomène soit institutionnalisé en tant que thématique de recherche ne présage rien de bien positif. S’il s’agissait d’un effet marginal ou passager, il serait resté au fond des annexes méthodologiques sans jamais remonter jusqu’aux débats sur la conservation ou l’éducation à l’environnement. Nous pouvons tout de même nous avancer sur un point : quand une espèce aussi intelligente que la nôtre commence à s’effrayer de son propre habitat, c’est rarement bon signe pour la suite.
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